I

 

 

FRONÇANT LES sourcils, Rick Haviland passa une main sur ses abdominaux. Oui, le tee-shirt rose était aussi moulant que les vêtements qu’il mettait pour sortir en boîte, mais il était passé, miteux comme tout et quasiment en train de partir en lambeaux. Enfin bon, il se rendait seulement chez son ami Davy pour les aider, lui et son nouveau petit ami Kurt, à peindre leur maison, et bien qu’il n’ait absolument aucune intention de couvrir de peinture ses vêtements de tous les jours, il voulait aussi paraître à son avantage.

En partie parce que c’était ce que ses amis attendaient de l’éternel clubbeur qu’il était, et en partie – bêtement peut-être – à cause de Kurt.

Kurt était un flic à tomber, qui malheureusement appartenait – lèvres, queue et cul – à Davy. Cependant, même s’il l’avait dragué plutôt de manière plutôt agressive avant qu’il se mette en couple avec Davy, Rick n’aurait jamais couché avec l’inspecteur sexy, peu importait la fréquence avec laquelle il apparaissait dans ses fantasmes. À la seconde où il avait posé les yeux sur Kurt, il l’avait étiqueté comme un ‘coup d’une vie’. Rick ne couchait pas avec les coups d’une vie. On ne pouvait pas faire confiance à un homme si sérieux, de même qu’un homme sérieux ne pouvait pas lui faire confiance. Il savait combien les relations sentimentales pouvaient détruire les gens et il était déjà suffisamment perturbé sans y ajouter un cœur brisé, ou pire.

Cependant, cela ne voulait pas dire qu’il n’aimerait pas que Kurt lui jette un regard appréciateur ou deux. Peut-être irait-il jusqu’à un rapide pelotage. Davy ne lui en voudrait certainement pas pour ça. Kurt avait été récemment blessé dans l’exercice de ses fonctions et le scénario intégral du héros blessé avait bien fonctionné pour lui. Cependant, durant le séjour de Kurt à l’hôpital, Rick avait eu trop peur pour son ami pour même flirter. Il ignorait comment Davy pouvait supporter de construire sa vie avec un homme ayant un travail si risqué. Le seul fait de se trouver dans une relation sérieuse était déjà bien assez dangereux.

La sonnette retentit, le tirant de la contemplation de sa tenue. Il dévala les escaliers, même si c’était probablement pour se faire embarquer dans une discussion théologique avec ces charmants garçons que les mormons s’obstinaient à envoyer pour ‘répandre la bonne parole’. Rick ne devrait jamais leur ouvrir cette satanée porte, mais il se régalait à engager la conversation avec de jeunes hommes qui avaient à peine l’intelligence de débattre correctement, et il ne semblait jamais avoir la force de fermer la porte avant que les deux parties soient extrêmement frustrées. Cette fois-ci, avec un tee-shirt si serré que ses mamelons déchireraient probablement le tissu s’ils durcissaient, peut-être réussirait-il à séduire l’un d’eux jusqu’à le faire entrer dans son antre.

Rick ouvrit la porte en grand, la hanche rejetée sur le côté, la meilleure position pour exposer son bas ventre.

— Rick, souffla Oscar, son regard plongeant exactement à l’endroit où il l’avait espéré, même si Oscar n’avait pas été la cible visée.

— Oscar. C’est une surprise.

Rick cilla. Ils avaient couché ensemble la nuit précédente chez Oscar et Rick était parti peu après minuit. Qu’il se montre sur son perron moins de douze heures plus tard était pour le moins inhabituel. Mais là encore, en tant qu’interne en médecine, ses horaires étaient aménagés bizarrement.

Oscar avança jusque dans l’espace personnel de Rick, puis chercha à obtenir quelque chose de bien plus personnel de ses fesses en les lui agrippant d’une main ferme.

— Ne t’ai-je pas épuisé la nuit dernière ? demanda Rick.

Le sexe dur pressé contre son ventre et les lèvres sur son cou étaient une réponse en soi, et la réponse était un non clair et définitif.

Oscar ondulait contre lui et le souffle de Rick se fit plus court.

— Tu aurais dû rester la nuit dernière, murmura Oscar.

Le souffle chaud fit frissonner Rick, mais les mots déclenchèrent un frémissement qui remonta le long de son dos. Il ne donnait pas dans les nuits complètes. Il ne laissait aucun de ses coups rester chez lui non plus, qu’importait leur degré de fatigue.

Pourtant, les lèvres et la langue talentueuses d’Oscar sabotèrent sa détermination à ne pas arriver en retard à la ‘partie de peinture’, et Rick décida d’ignorer les mots. Oscar connaissait les règles du jeu. Rick avait fait très attention à lui expliquer que leur relation serait d’ordre purement sexuel.

La main d’Oscar se fraya un chemin vers le devant de son jean, prenant en coupe son érection bourgeonnante, ses doigts se tortillant sous ses testicules.

Saisissant le cul ferme d’Oscar, Rick envoya ses bonnes intentions dans les flammes brûlantes de sa libido. Il serait définitivement en retard à la partie de peinture de Davy et Kurt. Pour la meilleure des raisons : être baisé par un mec qui savait ce qu’il faisait.

— Ou j’aurais pu venir ici hier. Et rester toute la nuit.

Oscar termina sa phrase avec une morsure ferme sur le lobe de son oreille.

Rick se figea. Oscar essayait certainement d’instiller de l’érotisme dans ses paroles de manière maladroite ; il ne pouvait s’agir de son seul plan cul qui se transformait en coup d’une vie devant ses yeux.

Oscar continua à le caresser, gardant sa queue intéressée, ce qui convenait à Rick, même s’il n’était pas sûr que ce soit une bonne idée.

— Euh, Oscar…

Rick poussa contre son épaule sans conviction.

Redressant la tête, Oscar fixa Rick d’un regard intense.

— Nous devrions emménager ensemble.

Cette réflexion totalement inopportune donna à Rick la force de s’écarter.

Nom de Dieu ! En temps normal, Rick avait un nombre de potes réguliers avec lesquels il s’amusait, tous attentivement sélectionnés pour être bons au pieu, prudents avec leur santé sexuelle et contre l’idée d’une relation durable. Oscar était le seul mec avec qui il couchait régulièrement à l’heure actuelle après qu’il eut mis un terme au statut ‘plan cul’ d’Ivan. Ivan, au moins, avait reconnu que Rick n’était pas capable de s’attacher émotionnellement, mais à l’inverse de la plupart des réguliers de Rick, ils étaient restés amis. Oscar ne prenait pas ce chemin. Certainement pas avec cet assaut frontal.

— Oscar, nous n’allons pas emménager ensemble. Je ne donne pas dans les relations sérieuses. Tu te souviens ?

Il avait des règles qui empêchaient que cela arrive. La plupart du temps, il perdait des gars parce qu’ils décidaient qu’ils voulaient finalement s’installer, mais c’était rarement avec lui. Rick ne rencontrait jamais leur famille et s’assurait toujours d’avoir un moyen de locomotion s’ils se rencontraient quelque part.

L’homme essaya de l’attraper avec ses bras comme des tentacules, mais Rick exécuta un léger pas de côté pour leur échapper.

— Allez, Rick. Je sais que tu ne vois personne d’autre à l’heure actuelle. Nous sommes déjà pratiquement dans une relation.

Les sourcils de Rick se haussèrent haut sur son front. Il se pouvait qu’il n’y connaisse pas grand-chose en relation de couple, mais ce n’était pas parce qu’aucun d’eux ne voyait quelqu’un d’autre que cela signifiait automatiquement qu’ils étaient dans une relation exclusive. C’était exactement la raison pour laquelle il était énervé. Plus il vieillissait, plus il était difficile de trouver des mecs adéquats pour faire un roulement. Et maintenant, il allait se retrouver dans la regrettable position de… devoir auditionner. Il devrait probablement être plus enthousiaste à cette idée, mais pour l’instant, il en voulait férocement à Oscar de le mettre dans cette situation en devenant non seulement un mec prêt à s’engager, mais en plus un mec qui voulait garder Rick.

— Tu es fou ? Il faut plus que quelques baises et un manque de concurrence pour faire une relation. Tu dois t’en aller.

Oscar lui adressa un regard blessé qui devait vraisemblablement se vouloir attendrissant, mais Rick en avait fini.

— Rick, bébé. Nous pourrions être si bien ensemble. Et le sexe était épique.

Comment un mec qui parlait comme un surfeur défoncé avait-il réussi l’école de médecine ?

— Non. Dehors. Ne m’appelle pas. Pas d’attaches, pas de relations. Tu dois partir.

Rick carra les épaules et croisa les bras, espérant avoir l’air aussi fermé que possible.

Les yeux d’Oscar s’agrandirent, et ses joues rougirent.

— Mais… je pense que je t’aime.

Rick leva les yeux au ciel.

— Ridicule. Si tu veux un petit ami, sors et va en chercher un. Tu es vraiment canon, tu ne seras pas célibataire longtemps, mais je ne suis pas ce mec.

Amoureux de lui ? S’il vous plaît. Il poussa Oscar hors de chez lui et claqua la porte, tirant les verrous. S’appuyant contre elle, il attendit les inévitables coups qui signifieraient qu’Oscar n’avait pas laissé tomber. Il n’eut à attendre que quelques secondes, mais ce fut malgré tout un choc suffisant pour faire battre son propre cœur un peu plus fort.

Oscar appela son nom, cajola, supplia. Le portable de Rick sonna et sonna encore. Il gémit. Si Oscar l’obligeait à changer son numéro, il serait vraiment très énervé. La première chose qu’il allait faire serait de bloquer son numéro de téléphone.

Dix minutes passèrent et Rick commençait juste à se demander s’il devait appeler la police quand les pneus de la voiture d’Oscar crissèrent finalement dans l’allée. Rick allait avoir besoin de se calmer un peu avant de rejoindre Davy et Kurt. Il glissa sur le sol, attendant que son pouls revienne à la normale.

Il devrait se dépêcher s’il ne voulait pas être trop en retard. Être en retard l’obligerait à donner des explications. S’il avait été retardé parce qu’il s’était fait baiser, cela aurait été une chose, mais il ne voulait pas expliquer ce fiasco à ses amis. Ils lui auraient probablement suggéré de lui laisser une chance, mais il n’y avait aucun moyen que cela arrive.

 

 

LE PETIT pavillon bien entretenu n’était pas hanté. Ce n’était pas un refuge de tueurs en série ni un lieu infesté de cafards. Cependant, Ian O’Donnell avait l’estomac noué et ses paumes étaient moites à la pensée de sonner à la porte. La seule chose effrayante à l’intérieur de cette maison était son petit frère, Kurt, qui était tombé amoureux d’un dénommé Davy, et qui avait choqué toute la famille en révélant son homosexualité à sa propre putain de fête d’anniversaire.

Personne n’avait été contrarié ou en colère ou odieux. Personne sauf Ian. Il avait quitté la fête, évitant Kurt et le reste de la famille pendant des mois. Ce n’était pas la première fois que Ian avait pensé que le bébé de la famille menait une vie plus facile que le reste d’entre eux, mais c’était la première fois qu’il avait laissé ses sentiments insidieux interférer dans sa relation avec son frère. Ensuite, son stupide frère s’était fait tirer dessus dans l’exercice de ses fonctions et les sentiments blessés de Ian avaient cessé d’importer. Tout ce qui comptait, c’était d’arranger les choses avec Kurt, si seulement il savait comment faire.

Jetant un coup d’œil aux voitures dans l’allée alors qu’il arpentait le trottoir, il se demanda s’il serait plus facile ou plus difficile de parler à Kurt si d’autres personnes étaient présentes. Il avait conduit jusque chez Kurt des douzaines de fois depuis qu’on l’avait laissé sortir de l’hôpital et, aussi tentant que cela soit de rentrer chez lui et d’attendre un autre moment, c’était la première fois aujourd’hui qu’il avait été capable de se persuader de sortir de la voiture.

Kurt devait lui pardonner, même si Ian avait été un idiot égoïste et égocentrique. Si Ian avait altéré de façon irréparable sa relation avec son frère, cela laisserait un vide dans sa vie qu’il ne pourrait jamais combler, et il ne pourrait blâmer que lui-même.

Avec une profonde inspiration, il remonta l’allée à grandes enjambées et sonna à la porte.

Un homme mince et débraillé le fit entrer dans la maison, le menant à Kurt.

Il y avait d’autres hommes dans la pièce, et l’odeur de peinture fraîche était lourde dans l’air, mais il le remarqua à peine.

— Que fais-tu ici ?

Son petit frère se leva et fut immédiatement flanqué d’un homme aux cheveux sombres et d’un blond. L’un d’eux devait être Davy.

Ian ne savait pas comment répondre à cette question posée sur un ton presque agressif. Il voulait juste prendre Kurt dans ses bras mais ne savait pas si le geste serait bien accueilli ou même douloureux. Ian était allé à l’hôpital, mais il n’était entré dans la chambre que lorsque Kurt était endormi, incapable d’affronter son frère et sa propre honte.

Les rides légères de chaque côté de la bouche de Kurt lui indiquaient qu’il endurait toujours la douleur et cela le tuait de voir souffrir son frère.

Kurt avait l’air… en meilleure forme qu’il l’avait été à l’hôpital, mais considérant qu’il avait été bien plus grand et plus musclé que Ian, le poids qu’il avait perdu après avoir été blessé le faisait paraître presque frêle. Ian avait envie de tourner les talons et de s’enfuir mais il ne pouvait pas.

— Oh mon Dieu, Kurt ! C’est l’un de tes frères ?

Le ton incrédule dirigea brièvement l’attention de Ian vers le petit homme blond debout à côté de son frère. Ian ravala sa surprise. L’homme était absolument adorable. Le tee-shirt élimé rose pâle s’étirait sur un torse et des abdominaux bien sculptés. L’homme n’était en aucun cas bardé de muscles, mais il avait l’air fort et ferme, comme un danseur de ballet. Il y avait un petit trou dans le col de son tee-shirt et Ian voulut y faufiler un doigt et tirer dessus d’un coup sec pour le déchirer et dénuder la peau dorée. Le jean taché de peinture et quelque peu lâche pouvait s’avérer plus problématique, mais il y avait une déchirure en haut d’une cuisse qui suggérait toutes sortes de choses à Ian.

— S’il te plaît, dis-moi qu’il est gay lui aussi !

L’intérêt dans sa voix et ses yeux ne prêtaient pas à confusion, et malgré la tâche qui avait amené Ian ici, il ne put s’empêcher de soutenir le regard du blond. S’ils avaient été dans un club, cela n’aurait été qu’une question de minutes avant qu’ils se retrouvent dans les toilettes, la back-room, ou la ruelle. À moins, bien sûr, qu’il s’agisse de Davy, l’homme avec lequel son frère avait emménagé. Dans ce cas, il espérait que l’homme n’était pas le genre à suivre la promesse qui filtrait dans ses yeux.

— Il est hétéro, dit Kurt avec à peine une inflexion dans la voix.

Nous y voilà. Déjà. Le moment de vérité. Ian avait envie de vomir.

Mais la vérité était tout ce qu’il pouvait offrir. La seule chose qui pouvait combler la brèche. La vérité qu’il n’avait jamais dite à personne sauf aux hommes qui ne connaissaient pas son vrai nom, tout comme il n’avait jamais avoué en quel super héros il aimait se déguiser quand il était enfant.

— En fait, non.

Le blond poussa un cri aigu et afficha une expression enthousiaste empreinte d’excitation qui présageait une bonne baise, mais sa queue devrait prendre un ticket le temps qu’il règle les choses avec son frère. Le même frère qui le regardait d’un œil noir comme s’il pensait que Ian lui faisait une plaisanterie particulièrement cruelle. Les lèvres de Kurt s’étrécirent, son visage sévère de flic en étant une preuve évidente, et il agrippa Ian par le bras, le guidant vers la porte menant au sous-sol. Kurt relâcha sa poigne de fer et indiqua d’un geste de la main à Ian de le précéder dans les escaliers.

Ian descendit dans les ténèbres, comparant le grincement des marches à la bande originale d’un film le menant à sa mort certaine.

— Hé, tu ne m’emmènes pas en bas pour me tuer, n’est-ce pas ?

Kurt grogna.

— Je devrais, espèce d’idiot.

— Un sol en terre pour enterrer mon corps ?

Ian ne pouvait s’empêcher de tirer sur la corde.

— Tu es très loin du compte. C’est notre salle de gym personnelle.

Son frère alluma les lumières, éclairant une pièce entièrement équipée d’appareils de musculation. Pendant un moment, il fut distrait. Faire du sport n’était pas son activité préférée – Kurt était le dingue de musculation dans la famille – mais il pouvait facilement se voir travailler dans une pièce pleine d’appareils hauts de gamme comme celle-ci.

— Oh mon Dieu, Kurt. C’est incroyable.

Davy était-il aussi un allumé de musculation, ou cette pièce était-elle uniquement celle de Kurt ?

— Arrête de tergiverser. De quoi est-ce que tu parles ?

Seigneur, n’en ai-je donc pas déjà dit assez ? Est-ce que je vais devoir l’épeler à haute voix et faire des schémas ?

— Sérieusement, Ian, que voulais-tu dire là-haut ?

Kurt avait l’air assez en colère pour le frapper. Même sa récente blessure par balle ne l’empêcherait probablement pas d’amocher Ian s’il choisissait de le faire.

Schémas et épellation, donc. Ian commença à faire les cent pas, essayant de choisir le meilleur point de départ.

— Je… je suis gay.

Kurt fronça les sourcils.

— Et toutes ces filles ? Ces strip-teaseuses ?

Sa famille entière pensait qu’il était un coureur invétéré. Se jetant sur tout ce qui portait une jupe – du moins en leur présence. La réalité était qu’il enchaînait véritablement les conquêtes mais que si ses proies n’étaient pas munies d’une queue, il passait son chemin.

— Je pourrais te poser la même question. Tu as eu des petites amies.

Mais Kurt avait eu le courage de faire ce que Ian n’avait jamais pu, et ce dernier n’avait pas pu s’empêcher de détester son frère, juste un peu, pour cela.

— Donc, tu viens juste de t’en apercevoir ?

La légère nuance de scepticisme dans le ton de Kurt informa Ian qu’il n’avait pas arrangé les choses, pas encore. Kurt continuait de penser qu’il pouvait être la victime d’une plaisanterie, comme quand ils étaient gosses. Ils avaient cinq autres frères et sœurs, mais seulement les trois plus jeunes – Kurt, Dylan et lui – avaient toujours semblé avoir une fascination sans fin et prendre un malin plaisir à se tourmenter les uns les autres. Cependant, ce sujet n’était pas celui à choisir pour plaisanter. Ian le savait mieux que quiconque et il ne ferait jamais ça à Kurt, donc il fut peiné que Kurt ne lui fasse pas confiance.

— Non, je m’en suis rendu compte il y a un moment. Des années. Les femmes étaient juste une couverture.

Cela faisait maintenant presque vingt ans qu’il cachait sa sexualité, effrayé de laisser quiconque, même les personnes les plus proches de lui, connaître ce noir secret. Quand Kurt était sorti du placard auprès de leur famille – sans aucune répercussion – cela avait brisé Ian de l’intérieur. En plus d’une myriade d’émotions négatives qui avaient émergé parce que garder sa sexualité secrète était complètement superflu, il en avait voulu à mort à Kurt. Il avait laissé sa jalousie et sa colère submerger tout son bon sens et, maintenant, il ne lui restait plus que sa honte et sa culpabilité.

— Des années ? Tu es sérieux ? Mais pourquoi, bon sang ?

— J’avais peur. Je pensais que je perdrais tout le monde. Alors, je l’ai caché. Quand tu me l’as dit, tout… content de toi… et confiant, je pensais que tu l’avais découvert et que tu te moquais de moi. Ensuite, quand j’ai réalisé que tu disais la vérité et que tout le monde l’avait accepté sans aucun problème, j’étais en colère contre toi.

Ian baissa les yeux sur le sol, incapable de faire face au reproche qui devait se trouver dans le regard de Kurt. Son petit frère avait été le plus courageux des deux, ouvrant la voie pour lui, et il avait quand même été un putain de lâche.

— Viens ici.

Kurt l’attira dans une étreinte. Ian ne méritait pas le pardon de Kurt mais il le prendrait. Il s’accrocha aux fortes épaules de son frère, ses yeux le brûlant. Il ravala un sanglot et enfouit son visage dans la chemise de Kurt. Il s’était senti très seul en restant à l’écart de sa famille, mais ne pas parler à Kurt et Dylan régulièrement avait été presque insupportable.

Son frère l’encouragea à se diriger vers un banc couvert de vinyle, et ils s’assirent en silence pendant un moment, le temps que Ian se reprenne.

— Est-ce que tu vas le dire à tout le monde ?

— Ouais. Faire semblant est en train de me tuer. Je n’arrive pas à croire que tu as eu le courage de l’avouer à ta propre fête d’anniversaire.

Dès qu’il avait retrouvé ses couilles, où qu’elles aient disparu, Ian avait décidé qu’il était temps de faire le ménage. Kurt était seulement le premier arrêt. Leur mère préparait un dîner de famille tous les dimanches. Tous ses frères et sœurs et leurs enfants ne se montraient pas chaque week-end, mais Ian se fichait de savoir qui serait là. Ses parents étaient les prochains sur sa liste. Après cela, les cinq autres frères et sœurs devraient être une promenade de santé.

— Eh bien, j’avais une très bonne raison de le faire. As-tu vu mon petit ami ? demanda Kurt avec un grand sourire.

Ian sourit en réponse et essuya ses yeux humides.

— Le mignon petit blond avec le tee-shirt rose ?

Le blond avait été l’homme le plus sexy dans une pièce remplie d’hommes canons, il était donc normal que Kurt l’ait déjà revendiqué.

— Tu as un petit ami ?

— Non, juste beaucoup d’aventures sans lendemain.

Beaucoup. Il ne savait absolument pas ce que cela représentait d’être en couple.

— Eh bien, viens là-haut. Laisse-moi te présenter Rick.

— Rick ?

Le blond ne ressemblait pas beaucoup à un Rick, mais ce serait un nom facile à crier pendant qu’il s’enverrait en l’air.

— Le mignon petit blond avec le tee-shirt rose. Mon Davy est le grand aux cheveux sombres.

— Allons-y. Je vais rester et vous aider, si tu veux bien.