Prologue

 

 

OLIVIA SE concentre sur sa technique. Elle a reçu des conseils ; elle s’est entraînée longtemps, mais... Elle n’atteint toujours pas la perfection. Et elle a un public, aujourd’hui. Qui l’observe. Robyn, Michelle et Sarah la regardent avec intérêt. Et elle se sent bien. Pas nerveuse. Mais Dan apparaît, elle le voit du coin de l’œil. Il a l’air parfait, comme d’habitude, et elle se rappelle à quel point il fait paraître chaque chose facile. Comme s’il n’avait pas besoin de faire des efforts pour y arriver. Mais elle, elle va essayer. Et elle y arrivera. Et si ce n’est pas pour cette fois, ce sera pour la prochaine. Ou celle d’après...

Elle tend le bras, attrape le manche et donne un grand coup. L’angle est parfait, la vitesse excellente, et elle arrive à embarquer la pile de crottin en une seule fois. Pas besoin de second coup, pas besoin de balais. Un instant, une boulette semble vouloir s’échapper, mais elle arrive à garder la situation sous contrôle, redresse la pelle, et récupère au vol la boulette, qui va rejoindre ses camarades vaincues. Olivia sourit, rayonnante, et dépose son fardeau.

Dan s’avance vers elle, et il hoche la tête.

— Je n’arrive pas à croire que tu n’aies jamais appris ça. Quel genre d’éducation on vous donne, dans ton école ?

Olivia adore quand Dan lui parle comme ça, comme à une adulte. Comme à une amie.

— Je ne sais pas, répond-elle. Ils ont l’air de croire que ce n’est pas important...

— Certaines personnes n’ont aucune idée des priorités dans la vie, grogne Dan. Bref. Qui vas-tu monter, aujourd’hui ?

Et Olivia aime bien ça aussi. Il a trouvé le bon équilibre entre assouvir ses désirs équestres et la superviser. Il y a tellement de gens qui se trompent et tombent dans l’excès. Alors qu’elle n’a que quinze ans, l’écurie appartient à sa famille. Elle pourrait monter qui elle veut. Mais Dan lui demande quelles sont ses préférences, et il demande aux autres cavaliers aussi, et il fait des objections quand il croit qu’on se trompe. Il considère Olivia comme une vraie personne, quelqu’un qu’il aime pour ce qu’elle est, pas pour son argent. Ah oui. Une réponse. Elle fait semblant d’avoir longuement mûri sa réponse.

— Sunshine, encore. Peut-être... Une petite course sur le stade, deux-trois sauts, rien de plus ? Dan hoche la tête, et Olivia, rassurée, continue. Puis Chaucer ? C’est bon ? Tu pourras nous aider avec les changements d’appui ? Je crois qu’aucun de nous deux ne sait vraiment comment faire...

Dan sourit. Encore un truc qu’elle adore chez cet homme. Même si tout paraît simple pour lui, il comprend que certaines choses soient dures pour les autres.

— Je vais sortir Chaucer pendant que tu montes Sunshine. Tu pourras t’entraîner aux changements avec elle, pour être sûr que tu comprends. Parce que elle, elle sait faire ; elle pourrait même le faire en dormant. Pendant ce temps, moi je rafraîchis la mémoire de Chaucer, et ensuite on échange, et tu peux essayer avec Chaucer pendant que je calme Sunshine.

— Ça paraît bien, mais... ce n’est pas grave si ce n’est pas moi qui m’occupe de calmer mon cheval ?

Elle sait à quel point Dan tient à ce que chaque cavalier s’occupe comme il faut de son animal.

— Allez, Olive, du calme. Je ne vais pas non plus te tendre un piège comme ça. Si je propose quelque chose, ça veut dire que je le pense, pas que j’ai envie que tu te trompes. Et je préfère être sur un cheval plutôt que rester planté au milieu du stade à te gueuler dessus, tu sais.

Tant mieux. Elle lui sourit encore.

— D’accord ! Et pour le reste... Je ne sais pas, ce que tu veux.

Dan se tourne vers le tableau des entraînements, et hoche la tête.

— D’accord. Alors... Je pense qu’on pourrait tous faire un peu de cross cet après-midi sur la colline, pour entraîner les nouveaux-venus. Ça vous va ?

Ce n’est pas ce qu’Olivia préfère, mais bon, s’ils le font tous ensemble, elle pourra toujours parler avec les autres. Un chœur de ‘oui’ lui répond.

Dan sourit en regardant Olivia, comme s’il avait lu dans ses pensées, mais il n’en parle pas.

— Parfait, alors. Va préparer Sunshine.

Puis il se retourne à nouveau vers le tableau, le compare avec les papiers qu’il a dans les mains. Olivia avait regardé ces papiers, une fois. Et ça ne ressemblait à rien. Des chiffres, des tableaux, des notes sans queue ni tête. Mais Dan semblait y trouver un sens.

Elle se dirige vers le box de Sunshine, sourit à la jument qui s’approche pour la saluer.

— Coucou ma chérie. Prête à sortir ?

Elle décroche le harnachement du crochet au mur, et Sunshine se pousse obligeamment sur le côté pour lui permettre de passer à côté d’elle afin de l’équiper. Rênes, longe, bride, étriers, selle... Tout ça, c’est devenu de la routine pour Olivia. Et elle en est fière, et heureuse. Elle se rend compte qu’elle fait aujourd’hui tout ça automatiquement, alors que, quelques semaines auparavant, cela lui demandait toute sa concentration. Quand Jeff lui donnait des cours, l’écurie dans laquelle ils allaient gâtaient leurs cavaliers, et Olivia ne s’occupait quasiment jamais des chevaux avant ou après les avoir montés. Elle préfère la philosophie de Dan. Elle aime se sentir une véritable cavalière, pas juste quelqu’un qui a payé pour monter un cheval.

Robyn emmène Winston dans la même direction qu’elle, et Dan arrive sur Monty. Évidemment, le grand cheval est tout excité, comme s’il n’était jamais sorti, mais Dan préfère l’ignorer, et rapidement, le cheval se calme. Olivia doit encore s’exercer à ça. Avoir suffisamment de confiance en soi pour rester détendue, même quand le cheval s’énerve. Elle sait que les chevaux sentent la tension et se crispent d’autant plus. Mais de là à rester détendue sur un cheval excité...

Heureusement, elle n’aura pas à s’en soucier aujourd’hui. Sunshine est aussi calme que d’habitude. Elle adore sauter, et Olivia sait qu’elle voudra foncer à ce moment-là. Pas avant. Elle est aussi calme que Smokey pour le moment. Olivia ne l’admettra jamais, même sous la torture, mais elle est plutôt heureuse que son grand frère ne lui ait pas acheté Monty en fin de compte. Sunshine est bien meilleure pour elle. Du moins pour le moment. Et puis, après tout, puisqu’Evan a acheté tous les chevaux, elle pourra toujours monter Monty un jour ou l’autre. Quand elle sera suffisamment douée. Olivia sait bien que plein de gens se sont inquiétés quand Evan a décidé de prendre soin d’elle après la mort de leurs parents, mais elle doit le reconnaître, il fait plutôt du bon boulot. Et le pire c’est qu’il a presque toujours raison !

Les trois cavaliers arrivent au sommet de la colline et se mettent au petit galop en suivant le chemin. Du moins, Sunshine. Dan est obligé de retenir Monty presque à chaque pas car il secoue la tête, mais il ne s’en inquiète visiblement pas et rit doucement. Winston, entre Sunshine et Monty, n’est pas aussi calme que la première, mais sûrement pas aussi excité que le second.

Au premier saut, Dan retient Monty et fait signe à Robyn de passer devant. Les cinq premiers sauts sont assez bas et relativement faciles. Ce sont les sauts d’échauffement. Olivia voudrait faire tous les sauts à chaque fois qu’elle vient ici, mais Dan lui a rappelé plusieurs fois qu’elle doit entraîner les chevaux, pas les démolir. Alors elle se freine.

Quand Robyn a dépassé le second saut, Dan fait signe à Olivia d’y aller. Elle le savait. Au milieu. Quand Evan essaie de la protéger, ça l’énerve, mais quand c’est Dan, c’est plutôt mignon. Même si c’est inutile ici. Et puis, en quoi est-ce plus sûr d’être au milieu ? Bon, peut-être que Dan peut la regarder, s’assurer qu’elle ne fait pas n’importe quoi...

Elle fait trotter Sunshine vers le premier obstacle. Un saut vertical, sans aucun problème. Elle accélère lentement, saute le second obstacle, un peu plus haut. Le troisième est dans un angle. C’est là que les choses se gâtent.

Olivia attaque le virage avec un peu plus d’angle que d’habitude. Ces sauts sont faciles, et elle veut les passer de manière agressive, tirer le maximum de chacun d’eux. Mais elle est surprise par la réactivité de Sunshine, et perd l’équilibre. Alors qu’elle essaie de se remettre droite en selle, un de ses pieds sort de son étrier. Elle sait qu’elle devrait s’arrêter, elle le pourrait encore. Mais elle fait comme si elle était en compétition, et s’arrêter dans une compétition signifie l’abandon. Elle tâtonne avec son pied, cherchant l’étrier, caressant le flanc de Sunshine. Comme si elle ne comprenait pas, celle-ci ralentit pour s’arrêter, et Olivia parvient à remettre son pied dans l’étrier. Mais, ce faisant, elle donne un coup à Sunshine, qui prend cela comme le signal du saut, alors qu’elle est encore loin de l’obstacle. Pleine de courage et d’énergie, la jument s’élance, mais Olivia reperd l’équilibre et se sent tomber au beau milieu du saut, sent l’obstacle s’écrouler quand elle tombe dessus, sent le sol sous son coude, et elle ne peut plus respirer, se bat pour chaque goulée d’air.

Très loin dans sa tête, une petite voix inquiète se demande comment va Sunshine.

 

 

I

 

 

DAN A l’impression que c’est lui qui est tombé. Il n’arrive pas à respirer, sa vision se brouille, son esprit se rappelle ce jour horrible dont il ne voulait plus se souvenir. Heureusement, il sait qu’il doit agir, et surmonte le choc, éperonne Monty vers l’endroit où Olivia est tombée et crie, tandis que Robyn fait de même en face. Il saute de cheval et se précipite vers elle.

Olivia bouge et, pendant un instant, il se sent soulagé. Mais il se souvient de Justin, étendu là, sous Willow, qui s’agite et grogne et roule sur lui, essayant de se remettre debout avant de retomber... Il doit encore une fois se reprendre. Olivia a besoin de lui. Il s’effondrera en larmes plus tard.

Elle cherche de l’air, désespérément, et il s’agenouille à côté d’elle, la touche à l’épaule.

— Ça va Olivia. C’est dur de respirer ?

Elle hoche la tête.

— Alors essaie de prendre des petites inspirations. Tu as juste dû paniquer. Ça fait peur, je sais...

Elle aspire de l’air le plus posément possible, comme un soufflet de forge.

— Voilà, comme ça. Ça va aller. Ça va.

Il se rend compte à quel point ses mains tremblent et agrippe une touffe d’herbe pour dissimuler son trouble. Mais elle n’a pas l’air de s’en être rendu compte. Par contre, le petit trémolo dans sa voix, elle a dû l’entendre. Il se repasse le film de la chute dans sa tête.

— Tu as atterri sur l’épaule ?

— Je... Peut-être ?

Elle pleure un peu, et Dan ne sait pas trop s’il doit le mentionner, ou si ça ne fera qu’empirer les choses. Heureusement Robyn arrive à ce moment et se précipite vers eux.

— Ça va, chérie ?

Dan, remerciant Robyn silencieusement, s’écarte un peu. Robyn a reçu les mêmes cours de premiers secours que Dan, et elle est bien meilleure pour réconforter les gens. Il garde un œil sur les filles au cas où Robyn aurait besoin d’aide et va chercher Sunshine. Elle s’est légèrement écartée et broute calmement près du quatrième obstacle. Dan tremble toujours, et ça ne semble pas s’améliorer. Au contraire. Il essaie de faire taire ses souvenirs, et passe derrière Sunshine, là où ni Robyn ni Olivia ne le verront, et attrape la jument dans ses bras, cherchant de l’air. Il espère vaguement que l’odeur chevaline le ramènera à lui-même. La jument, elle, semble n’en avoir rien à faire. Après lui avoir décoché un regard vide, elle retourne à son repas. Olivia va bien. Ce n’est pas pareil. Ce n’est pas pareil.

— Dan ?

Robyn l’appelle, et il se relève.

— Oui ? Elle va bien ?

Il reste avec Sunshine. Il préfère que personne ne voie à quel point il tremble.

— Elle est blessée à l’épaule. Je ne suis pas sûre qu’elle soit démise, mais...

D’après le ton qu’utilise Robyn, on demande Dan sur le lieu de la chute. Elle a besoin de lui. Il prend une grande inspiration, une nouvelle bouffée de cheval, puis se dirige vers elle. Il porte son habituel tee-shirt de travail, mais il l’enlève rapidement en disant :

— Il faut une attelle, non ?

— Je crois, oui, dit Robyn en lui prenant son tee-shirt pour l’enrouler autour du cou d’Olivia. Mais ça va, toi, Dan ? Tu es tout pâle.

Dan détourne le regard.

— Oui, ça va, dit-il. Olive, tu... ça... tu pourras marcher jusqu’à la voiture ?

Il est encore un peu paniqué, mais aussi un peu remonté. Ils devraient avoir un autre système de sécurité ici. Des voiturettes sur la colline, par exemple. Quoique, sur ce terrain, les cahots feraient plus de mal que la marche.

— Oui, je... je crois, répond Olivia en souriant bravement. Mais ça fait mal, Dan.

Elle ressemble à une enfant, et Dan a envie de pleurer. Il n’arrive pas à y croire.

— Je sais, dit-il doucement. Mais c’est juste ton épaule, hein ? Pas ton cou, pas ton dos ?

— Robyn m’a déjà demandé ça, Dan.

— Ben maintenant c’est moi qui te le demande.

Il ne voulait pas être blessant. Pourquoi est-ce qu’il réagit comme ça ? Il a vu des gens tomber de cheval depuis l’accident de Justin. Il est tombé lui-même, deux ou trois fois. Ce n’est pas bien grave. Mais c’est la première fois sur un terrain de cross, c’est la première fois avec quelqu’un dont il se soucie vraiment.

— C’est bon, c’est juste mon épaule, lui répond doucement Olivia en le regardant.

Dan prend une grande inspiration et essaie de se calmer. Il sait qu’il est trop tard pour se cacher de Robyn, mais peut-être qu’Olivia ne remarquera rien.

— D’accord, pardon. Bien. Euh, je... j’ai un numéro d’urgence dans mon téléphone. C’est ton médecin, c’est ça ?

Olivia hoche la tête.

— Docteur Sangha. Mais j’ai vraiment besoin d’aller la voir ?

— Pourquoi, elle est méchante ? demande Dan en sortant son téléphone.

— Non, pas du tout. Elle est très gentille, mais... elle le dira à Evan.

Cette fois, c’est Dan qui est surpris.

— Hé, on ne va pas cacher ça à Evan. Que ce soit elle, toi ou moi, il le saura.

— Peut-être pas, Dan...

Elle prend un air de conspirateur, et Dan se sent au moins un peu rassuré sur l’état de son épaule.

— Il peut devenir un peu... fou, quand je me fais mal. Une fois, il y a deux ans, je suis tombée, au tennis, et je me suis écorchée le genou. Un peu, pas beaucoup, mais il y a avait du sang, et il n’arrêtait pas de dire ‘tu devrais changer de sport, passer au yoga’, tout ça... Et encore, ça, c’était après qu’il se soit calmé et ait arrêté de crier sur les terrains de tennis et les entraîneurs irresponsables.

Super. Comment caser ça dans leurs plans de couple ? Est-ce qu’Evan laissera encore Dan acheter des parts de l’écurie après ça ? Autant ne pas y penser pour le moment.

— Olivia... Il faut qu’on examine ton épaule, et tant qu’à faire, le reste aussi. Tu as fait une mauvaise chute. J’appelle, ou tu le fais toi ?

Olivia a l’air d’hésiter, balançant entre la volonté d’être adulte et le besoin qu’on s’occupe d’elle.

— Vas-y-toi.

— D’accord.

Dan jette un coup d’œil aux alentours. Les chevaux paissent joyeusement, mais il prend le temps de nouer leur rênes pour ne pas qu’ils se prennent les pattes dedans. Il a suffisamment paniqué comme ça, inutile que les chevaux s’y mettent aussi. Ses mains tremblent toujours, et il ne pourra pas le cacher quand il tiendra le téléphone. Il préfère se tourner pour composer le numéro. Une voix de femme répond à la seconde sonnerie.

Il se racle la gorge nerveusement.

— Euh, bonjour... Ici Dan Wheeler, j’appelle pour Olivia Kaminski...

La voix, professionnelle jusque-là, se transforme soudain et devient plus attentionnée.

—Olivia ? Mon dieu, est-ce qu’elle va bien ?

Évidemment. Dan aurait dû se douter que les infirmières étaient tombées sous le charme des Kaminski.

— Euh, plus ou moins. Elle est... tombée d’un cheval, et s’est blessée à l’épaule. On l’a immobilisée, mais il faut qu’on marche jusqu’en bas de la colline, et on pensait l’amener chez vous pour l’examiner...

— Bien sûr, oui. Elle pourra voir le docteur dès qu’elle arrivera. Sauf si Olivia préfère que le docteur vienne chez elle.

Dan n’y avait pas pensé. Il doit se rappeler de qui elle est la sœur. Être la famille la plus riche du comté possède des avantages.

— Euh, je ne sais pas... je pense qu’elle aurait besoin d’une radio. Vous pouvez faire ça au cabinet ?

— Oui, bien sûr. Mais le docteur pourrait faire un examen rapide et lui donner des calmants avant de faire le voyage.

— Ah. Euh... Un instant, s’il vous plaît.

Dan baisse le téléphone et se tourne vers Olivia.

— Tu as besoin d’antidouleurs pour aller jusque chez le docteur ?

Olivia lui décoche un regard vide.

— C’est bon, elle est juste là en bas, ce n’est pas comme si c’était à Los Angeles. Et ça ne fait pas si mal, tant que je ne rigole pas.

— Non, alors ? On va à son cabinet ?

— Ou même pas, Dan...

Mais le regard qu’il lui lance la fait s’interrompre.

Dan regarde à nouveau les chevaux et essaie de monter un plan.

— Robyn, si je ramène les chevaux, tu peux aider Olive à aller jusqu’aux voitures ?

Robyn hoche la tête, mais Olivia intervient.

— Mais ça va ! Ce n’est pas comme si je m’étais fait mal à la jambe, je peux marcher !

— D’accord, Rambo, dit Dan en souriant doucement, son trouble un peu passé. Essaie, et moi je ramène les chevaux.

Olivia hoche la tête, et Robyn reste à ses côté alors qu’elle marche. Mais Dan, en la regardant, voit bien qu’elle grimace et qu’elle titube un peu. Il prend la longe de Winston et Monty dans la main gauche, celle de Sunshine dans la droite, et commence à avancer en gardant un œil sur Sunshine. Mais elle n’a pas l’air blessée. Il faudra l’examiner un peu mieux ces prochains jours, mais elle semble en bon état. Tant mieux.

Ils redescendent la colline, et Dan est heureux d’avoir les mains occupées. Une bonne excuse pour ne pas appeler Evan tout de suite. Il se tourne vers les filles.

— Je vais d’abord y aller, dit-il. Comme ça je peux prendre la voiture et venir vous chercher plus vite, d’accord ?

Robyn hoche à nouveau la tête avec reconnaissance. Visiblement, Olivia a du mal à marcher.

En arrivant à l’écurie, il appelle Devin pour qu’il s’occupe des chevaux. Aucun d’eux n’est trop chaud, donc il n’y a pas de consignes particulières. Juste les mettre au repos. Ils seront brossés plus tard. Dan attrape ses clés et court vers la voiture. Il n’est pas préparé à ce qu’il trouve sur le parking. Jeff.

— Salut Dan. J’espérais bien te trouver ici.

Il sourit, comme d’habitude, et Dan sait qu’il trouverait ce sourire doux et sexy à n’importe quel autre moment. Pour l’instant, il le remarque à peine. Quoiqu’ils essaient de faire ensemble, même s’ils ont beaucoup apprécié leur première nuit commune il n’y a pas quarante-huit heures, Dan sait que la santé d’Olivia est la priorité. Pour eux deux. Pour eux tous.

— Salut mec. Monte, je t’expliquerais, dit-il à un Jeff momentanément désarçonné, mais qui obéit bien vite. Olivia va bien, mais elle est tombée sur l’épaule. On se demande si ce n’est pas cassé ou démis. On a appelé le docteur, et là on va chez elle le plus vite possible.

— Merde... Tu as appelé Evan ?

— Euh, non. Je n’ai pas eu le temps. Je pensais le faire en allant en ville.

Jeff hoche doucement la tête.

— Laisse, je vais le faire. Il peut devenir un peu... énervé, quand on touche à Olive.

Dan lui jette un regard en coin.

— Tu es sûr ? Je veux dire, c’est moi qui l’ai laissée se blesser...

— Mais oui, parce que monter un cheval ce n’est pas dangereux si Dan regarde. C’est rien, Dan. Les cavaliers tombent, ça arrive. Elle avait son gilet ?

— Bien sûr. Tout le monde a un gilet et une bombe sur le terrain. C’est la règle.

Dan sait que Michelle a longtemps rechigné à lui obéir à ce sujet, mais elle a fini par s’y faire. Il suppose que Robyn lui a parlé de l’accident de Justin.

Jeff reste silencieux un instant.

— D’accord. Je sais que ce n’est pas ta faute, et Evan... le comprendra au bout d’un moment. Mais pour l’instant, laisse-moi l’appeler, d’accord ?

Merde.

— D’accord.

Ils parviennent au pied de la colline, et Dan voit Olivia, pâle, qui se pend au cou de Robyn. Il se gare le plus près possible et saute de la voiture. Il peut aider Robyn pendant que Jeff sort son téléphone. Dan n’a pas envie d’écouter la conversation. Il repense à leur partenariat, se demande s’il pourra garder son boulot. Mais qu’y faire, maintenant ?

— Hé, Olive. Pas trop dur ?

Olivia s’est blessée à l’épaule gauche, et Robyn la soutient déjà à droite, alors il ne peut pas faire grand-chose de plus. Mais Olivia pleure et grimace de douleur. Dan se souvient de ses propres os cassés. Ça fait mal, et Olivia n’est pas habituée à la douleur. Elle titube un peu, et Robyn la retient de justesse avant de décocher un regard noir à Dan. Il comprend et prend sa place, puis prend Olivia dans ses bras et la soulève gentiment, en prenant soin de ne pas toucher son épaule. Il se sent mal. Il aurait dû envoyer Robyn avec les chevaux et s’occuper lui- même d’Olivia. Encore une fois, il a merdé. Il s’avance doucement vers la voiture, murmurant des mots rassurants.

Heureusement, c’est une quatre portes, et il n’est pas difficile de la caser sur le siège arrière. Jeff est à côté de la voiture, et parle doucement au téléphone ; Dan n’entend pas ce qu’il dit. Tant mieux.

— Ça va comme ça, Olive ? Tu veux que Robyn vienne te servir d’oreiller ?

Robyn lève un sourcil en entendant la description de ses responsabilités, mais n’hésite pas quand Olivia hoche vigoureusement la tête et s’installe à côté d’elle, une main caressant doucement ses cheveux. Est-ce qu’une seule personne au monde peut trouver que ce n’est pas calmant ?

Jeff s’installe aussi, ferme la portière et tend le téléphone à Olivia.

— Ton frère veut te parler un moment, Olivia.

Elle fait la grimace, puis se compose un masque, respire profondément et démarre.

— Evan, je vais bien, c’était un accident, c’était la faute de personne, sauf de moi, et Sunshine était très bien, elle a fait ce qu’elle devait faire, et Dan et Robyn étaient là, et ils ont pris soin de moi, et je vais bien, et Sunshine va bien, et tout va bien, donc calme-toi, d’accord ?

Elle s’arrête et écarte le téléphone de son oreille, grimaçant un petit sourire à Jeff qui lui sourit en retour, puis se tourne vers Dan.

— Je lui ai dit de nous rejoindre là-bas, ça te va ?

— Bien sûr, oui. Pardon.

Dan ne sait pas trop pourquoi il s’excuse. Peut-être d’avoir entraîné Jeff dans la mini-tragédie.

Jeff secoue la tête et se rassoit face à la route, mais Robyn relève la tête.

— Dan, tu es sûr que tu peux conduire ?

Elle l’a dit trop doucement pour qu’Olivia l’entende, elle est toujours au téléphone avec son frère, mais Jeff l’a entendue et jette un regard étrange à Dan.

— Tu es tombé aussi ?

— Non, répond Dan en lançant un regard noir à Robyn. Prêts ?

Il n’attend pas de réponse et démarre directement. Il conduit aussi doucement que possible et ne prête pas vraiment attention à la conversation d’Olivia. Jusqu’à ce qu’elle hurle ‘Non!’, du moins. Un silence, puis elle reprend :

— Allez, Evan...

Elle semble écouter, soupire, et Dan voit dans son rétroviseur qu’elle bouge. Un coup d’œil en arrière l’informe qu’elle lui tend le téléphone.

— Il veut te parler, Dan.

Dan n’a pas envie de le faire, là, maintenant, avec un public. Mais il n’a pas le choix. Il tend la main. Jeff le devance, prend le téléphone et le tient contre son oreille.

— Dan est en train d’amener ta sœur chez le médecin et il se concentre sur la conduite, gamin. Tu lui parleras plus tard.

Un silence.

— Bon, si tu te sens encore comme ça, on s’en occupera. Allez, on te voit chez le docteur. Concentre-toi sur ta propre route, d’accord ? Olive va bien, t’inquiète.

Il fait un signe à Dan, qui s’inquiète. Comme pour le rassurer. Avec une efficacité moyenne.

Le reste du trajet se passe dans un silence quasi-complet, si l’on excepte les paroles rassurantes de Robyn, et parfois, les indications calmes et précises de Jeff sur le parcours à suivre. Dan se dirige vers le parking principal. Plein. Il devra se garer ailleurs, mais il laisse Jeff descendre et prendre Olivia dans ses bras, où elle se niche comme elle l’a fait dans ceux de Dan. Robyn descend aussi, et Dan commence à chercher une place. Là, entre les deux pick-up. Il se gare, arrête le sien, mais semble ne pas réussir à descendre.

C’est comme si l’adrénaline et toutes les émotions qu’il retenait depuis une heure se libéraient d’un coup, et il serre le volant comme si c’était une bouée de secours. Est-ce qu’il a trop d’oxygène ? Pas assez ? En tout cas il a du mal à respirer. Il repense à Olivia, se dit qu’il l’a laissée tomber. Encore une fois. Il n’arrive pas à se contrôler. Qu’avait ressenti Justin ? Que savait-il de l’accident ? Comment s’était-il senti quand il avait vu que les choses tournaient mal ? Avait-il paniqué ? Plus que tout, Dan ne supporte pas l’idée que Justin ait été paniqué.

Les médecins lui avaient dit qu’il avait perdu connaissance instantanément, que son cerveau avait subi des dégâts irréparables immédiatement, qu’il n’avait jamais su ce qui s’était passé. Mais Dan pouvait-il les croire ? Ne disaien