I

 

Ce soir-là, Lee Stanton était assis dans le salon de la caserne et regardait la télévision. Il venait tout juste de rentrer après un appel et pouvait entendre le capitaine dans son bureau travailler sur leur rapport. La caserne était inhabituellement calme. Si la télévision n’avait pas été allumée, l’endroit aurait davantage ressemblé à une morgue qu’à une caserne de pompiers.

— Trouvez quelque chose à faire, cria le capitaine depuis son bureau.

Puis Lee entendit des pas lourds sur le sol.

— Va vérifier les lances à incendie, aboya-t-il un peu durement en indiquant l’un de ses hommes. Les douches ont besoin d’être nettoyées, signala-t-il à un autre.

Lee jaillit du canapé et descendit les escaliers qui menaient au garage. Mieux valait s’occuper avant d’écoper d’une de ces tâches ingrates. Après avoir trouvé un chiffon doux, il commença à polir le cuivre et le chrome de la pompe qu’ils avaient achetée récemment. L’engin jaune était le premier équipement que la caserne avait pu s’offris depuis près de cinq ans et pour ce faire, ils avaient dû économiser pendant presque aussi longtemps. Lee jeta un œil autour de lui, dans le garage, et se souvint qu’il voulait demander s’il restait assez d’argent dans le budget d’entretien pour acheter de quoi peindre. L’intérieur du garage avait bien besoin d’une couche de peinture fraîche, tout comme le reste du bâtiment, d’ailleurs. En réalité, ce dont il avait vraiment besoin, c’était d’une rénovation. Les douches et les toilettes étaient vieilles et commençaient vraiment à montrer des signes de vétusté. La cuisine avait aussi besoin d’un coup de neuf. Tout cela n’était pas vraiment du ressort de Lee, mais il ne pouvait pas se voiler la face comme le reste de l’équipe. Le capitaine lui avait dit qu’une fois qu’ils auraient la pompe dont ils avaient besoin, il prévoyait d’économiser pour refaire le bâtiment. Autour de lui, les autres travaillaient, tout comme Lee, trouvant de quoi s’occuper et surtout, évitant de croiser la route du capitaine.

Personne ne parlait comme ils le faisaient d’ordinaire. Tout le bâtiment semblait ployer sous un silence trop calme, trop tendu. Greg Martin, qui travaillait sur l’un des vieux moteurs, laissa tomber une clé à molette et le bruit se répercuta à travers la pièce comme des ongles sur un tableau noir. Depuis quelques heures, une certaine tension montait autour d’eux et Lee commençait à sentir de l’électricité dans l’air. Tout le monde était sur le qui-vive et quand l’alarme retentit, Lee sursauta presque avant de s’emparer de son équipement à toute vitesse pour monter dans le camion. Autour de lui, les autres agissaient tout aussi vite, entraînés à se montrer efficace. En quelques secondes, ils furent prêts à partir. Jamais il ne s’était senti aussi reconnaissant de recevoir un appel d’urgence. Le véhicule se mit en route et la sirène retentit dès qu’ils sortirent de la caserne et s’engagèrent sur Hanover Street.

Le cœur de Lee battait fort, comme toujours. Son inquiétude disparut peu à peu ; il était entraîné pour faire face à ce qui allait venir. La tension qui avait enflé toute la soirée diminua et il se concentra sur sa tâche. Lorsqu’ils arrivèrent à la maison, de la fumée s’échappait des fenêtres. En cet instant, Lee retrouva ses esprits ; il se sentait prêt. Le camion eut à peine le temps de s’arrêter que les hommes en jaillirent, tirant les lances à incendie et préparant l’équipement.

— Il y a encore un garçon dans la maison, l’informa le capitaine tandis qu’il enfilait son masque pour pouvoir respirer. Au premier étage, à l’arrière, d’après la mère.

Lee acquiesça et passa par le jet d’eau qu’on pulvérisait déjà vers la maison. On lui confiait souvent ce genre de mission, autant parce qu’il savait garder son sang-froid dans ce genre de situation, qu’à cause de sa taille. Lee était gigantesque et fort comme un bœuf. Quelques semaines auparavant, alors qu’il se trouvait dans un bâtiment en feu, un morceau de mur s’était écroulé, piégeant un homme. Il avait suffi à Lee de le soulever, avant de le repousser pour transporter l’homme en lieu sûr.

Quand il passa la porte d’entrée de la petite maison, des tourbillons de fumée s’enroulèrent autour de lui. Difficile de voir quoi que ce soit. La fumée s’amassait dans une pièce, vraisemblablement la cuisine. Malgré les crépitements et les sifflements qui en provenaient, il ne s’arrêta pas et remonta le couloir de la maisonnette traditionnelle, ouvrant toutes les portes pour jeter un œil à l’intérieur. Les pièces semblaient toutes vides. La fumée s’épaississait peu à peu. Lee pouvait entendre le feu croître dans la cuisine. Grâce à sa radio, il communiqua à son équipe sa progression et les informa de ce qu’il se passait.

— On est dans la cuisine, entendit-il en réponse. Trouve le gamin.

— Reçu cinq sur cinq, dit Lee en s’approchant de la dernière porte.

Le verrou était tiré et Lee recula, avant d’user de tout son poids pour l’enfoncer. La porte s’ouvrit à la volée et un gamin d’environ douze ans, ne portant qu’un caleçon, sauta du lit en hurlant à pleins poumons. Pour le moment, aucune fumée n’envahissait la pièce mais elle s’infiltrait désormais par la porte ouverte. Lee la claqua derrière lui. Il se précipita vers la fenêtre de la chambre et l’ouvrit.

— Je vous balance le gamin par la fenêtre à l’arrière. Envoyez-moi quelqu’un ! cria Lee dans sa radio.

Il reçut une réponse affirmative.

Un souffle bruyant retentit derrière lui et Lee ressentit immédiatement la chaleur malgré son uniforme. Le feu avait éclaté quelque part dans la maison et la porte de la chambre se rouvrit brutalement. Attrapant une couverture sur le lit, Lee en enroula l’adolescent et l’escorta jusqu’à la fenêtre avant de l’aider à grimper à l’extérieur. Il sentit quelqu’un s’en emparer, alors il le lâcha.

Lee s’empara d’une chaise dans un coin et s’en servit comme massue pour briser le reste de la fenêtre. Après s’être assuré qu’aucun morceau de verre ne risquait de le blesser, il sortit à son tour, de biais, et ses compagnons l’aidèrent à rejoindre la terre ferme.

— Cassez-vous !

L’ordre retentit par la radio, dans son casque. Lee attrapa le gamin, le souleva de terre et courut jusqu’à se retrouver en sécurité. Puis la maison explosa, une véritable boule de feu qui les jeta tous à terre.

— C’était quoi ce bordel ?  demanda Lee à voix haute en se retournant vers la maison, son cœur menaçant de jaillir de son torse.

Quelques secondes de plus et il était cuit.

— Tout le monde va bien, dit Lee en regardant autour de lui, vers les pompiers et l’adolescent qui se remettaient peu à peu debout.

Reprenant son souffle, Lee retira son masque et souleva le gamin dans ses bras, avant de rejoindre la rue en contournant la maison voisine. De nombreux véhicules se trouvaient là, pompiers, police et ambulances, leurs gyrophares clignotant dans tous les sens.

— Juan !

Une femme aux joues couvertes de larmes courut vers Lee, de petits enfants sur ses traces. Il déposa le garçon à terre et les bras de sa mère s’enroulèrent autour de lui. Elle se remit à pleurer et parla très rapidement en espagnol. Lee comprit sans mal la teneur de ses paroles, grâce au soulagement qui transparaissait dans son regard.

— Qu’est-ce qui s’est passé, Capitaine ? demanda Lee après s’être éloigné.

 Un de ses coéquipiers lui tendit une bouteille d’eau qu’il accepta avec gratitude. Le reste de la maison encore debout s’effondra dans un sifflement de vapeur et de fumée, en même temps que les flammes s’éteignaient.

— Ils entreposaient des bidons d’essence au sous-sol. Si j’avais su ça, je ne t’aurais jamais envoyé à l’intérieur comme ça.

Les rides qui barraient comme toujours le front du capitaine s’accentuèrent.

— On a découvert ça seulement après avoir trouvé quelqu’un pour traduire.

— Il devait y en avoir beaucoup, à en juger par la taille de l’explosion.

Lee but à sa bouteille, observant l’eau qu’on projetait encore sur le tas de décombres, tout ce qu’il restait de la maison. Un homme se précipita à travers la cour et rejoignit la famille. Tous les cinq regardèrent ce qui avait été autrefois le centre de leur vie. Lee s’assit, le cœur toujours battant, pour finir son eau. Puis il jeta la bouteille dans une poubelle et aida ses coéquipiers à contrôler le secteur pour s’assurer que le feu était complètement éteint. Alors commença la tâche laborieuse de nettoyer l’équipement et de le ranger.

Pendant tout ce temps, Lee s’empêcha de penser à ce qui aurait pu se passer s’il avait mis un peu plus de temps à sortir de cette maison. Soixante secondes, la différence entre la vie et la mort. Après un moment, les pompiers furent certains que le feu était maîtrisé. Les ambulances quittèrent les lieux, vides heureusement, et certains des camions de pompiers retournèrent vers leur caserne. La Croix Rouge arriva pour aider la famille, et enfin, Lee et ses collègues purent retourner à leur caserne.

Quand ils arrivèrent, Lee s’occupa de son équipement et le vérifia avec soin avant de le nettoyer et le préparer pour le prochain appel. Lorsque ce fut chose faite, il se dirigea à l’étage, vers les douches. Il entendit d’autres hommes en faire de même, mais comme auparavant, personne ne parlait, ne riait, ni même ne discutait de l’incendie comme ils le faisaient d’ordinaire. Ils avaient eu droit à un moment de répit, mais la tension revenait déjà, comme si elle n’était jamais partie.

Malgré le bonheur d’être sous l’eau, Lee ne s’attarda pas, se lavant d’un geste machinal avant de se rincer et de se sécher. Puis il s’habilla, retourna au salon et s’installa sur le canapé.

— Bien joué, Stockton, déclara le capitaine en lui tapotant l’épaule en chemin vers la cuisine.

D’autres hommes passèrent, s’installèrent à leur tour, en se jetant des regards et détaillant le capitaine. Chacun se demandait la même chose : comment une telle chose avait-elle pu se produire ?

— Je ne sais pas, dit le capitaine en haussant les épaules avant de se diriger vers son bureau.

Lee savait qu’il allait devoir écrire un sacré rapport après cet incendie.

Des bruits de pas résonnèrent, semblables à un troupeau d’éléphants dans les escaliers. Tout le monde tourna la tête en même temps en voyant arriver leurs coéquipiers. Ils s’assirent, la tête basse. Lee chercha son petit ami, Dirk Krause, du regard. Il fut le dernier en haut des marches. Rien qu’à la lueur de colère et au ressentiment qui brillaient dans le regard de son amant, Lee devina comment la réunion du conseil municipal s’était déroulée.

— OK, dit le capitaine en les rejoignant. Finissons-en pour pouvoir nous mettre au travail.

— Le conseil a décidé de réduire le nombre de casernes en ville, de trois à deux, déclara Dirk, les dents serrées. Ils n’ont pas arrêté de nous rabâcher qu’il était ainsi possible d’économiser de l’argent, une idée d’un de leurs consultants.

Dirk était furieux et pour une fois sa colère semblait utile, car les autres y firent écho.

— Il semblerait qu’ils veuillent fermer la caserne de Goodwill ou la nôtre.

Lee jeta un regard aux autres hommes, qui hochaient la tête.

— Est-ce qu’ils ont pris une décision ? demanda Lee.

— Non, répondit Carter, un des autres capitaines. Apparemment, ils n’arrêtaient pas d’hésiter entre l’une et l’autre. Je pense que nous avons deux ou trois membres du conseil de notre côté, et à peu près le même nombre en faveur de Goodwill. La seule raison pour laquelle ils n’ont pas décidé de nous faire fermer ce soir, c’est parce que nous sommes la plus vieille caserne en ville et qu’il y a suffisamment de défenseurs du patrimoine historique dans le conseil et en ville pour nous obtenir un sursis, mais je ne sais pas si cela nous sauvera ou pas. Ils n’arrêtaient pas de dire qu’ils ne voulaient pas réduire le personnel et que tous les pompiers retrouveraient un travail dans l’une des deux casernes restantes.

Lee savait que Carter essayait de rester calme.

— Ils se sont mis d’accord pour prendre une décision dans trois mois en raison d’autres problèmes prioritaires, donc nous devons nous attendre à plusieurs visites des membres du conseil.

L’assemblée geignit en chœur.

— C’est grave si on les asperge un peu d’eau par erreur ? demanda l’un des gars et quelques autres ricanèrent.

Le capitaine Carter leva les yeux au ciel.

— Si vous voulez que cet endroit ferme, oui, répondit-il en souriant légèrement. Il faut aussi que l’on vérifie notre budget d’entretien, car parmi les choses mises en cause, ils ont mentionné l’âge du bâtiment et le besoin d’effectuer quelques rénovations.

Lee observa Carter. Celui-ci regardait autour de lui, et ses coéquipiers firent de même. C’était assez drôle, Lee découvrait désormais des choses auxquelles il n’avait jamais fait attention auparavant : la vieille moquette, les murs égratignés, tous ces endroits gras et sales où des centaines de mains avaient activé les interrupteurs, le mobilier daté, usé, vétuste. Lee soupira doucement, fatigué et un peu abattu. Il se déplaça légèrement quand Dirk s’assit près de lui, et même s’il aurait aimé s’appuyer contre lui pour trouver un peu de réconfort, il ne pouvait pas le faire ici.

Les gars savaient qu’il formait un couple, les choses étaient claires depuis que Dirk l’avait sauvé l’automne dernier, d’un cours d’eau en crue et embrassé devant la moitié de la caserne. Toutefois, tous deux avaient fait attention à leur comportement au travail et avaient gardé un professionnalisme consciencieux.

— Tu as l’air claqué, lui dit Dirk tout bas et Lee acquiesça.

— Je finis dans une demi-heure.

Il attendit la réaction de Dirk.

Tous deux passaient la majeure partie de leurs nuits ensemble, chez lui ou chez Dirk, mais ce dernier avait parfois besoin d’un peu de solitude. D’ordinaire, Lee s’en contentait ; il espérait toutefois que ce ne serait pas le cas ce soir.

— Je vais y aller aussi. Nous ne pouvons rien faire de plus ici. On se voit chez moi ? demanda Dirk.

Lee acquiesça avant de rediriger son attention sur les paroles du capitaine.

— Les capitaines vont compiler une liste de projets qui pourraient être menés à bien pour embellir un peu cet endroit et la posteront sur le tableau d’affichage, dans la salle de repos. Comme ça, si nous recevons de la visite, ce sera moins voyant.

— Capitaine, vous pensez vraiment que ces projets vont nous aider ? demanda Gérald, un des plus jeunes pompiers.

— Le conseil est sur le qui-vive. Il faut qu’on fasse pencher la balance en notre faveur donc chaque petite chose peut nous aider, répondit le capitaine Carter.

— Si vous le dîtes, mais cet endroit a besoin de nouvelles toilettes, d’une nouvelle cuisine, d’un toit, d’un ravalement de façade… Il y a beaucoup de choses qui n’ont pas été faites depuis des années parce que la mairie ne nous alloue jamais assez d’argent, et maintenant nous payons pour sa radinerie, déclara Gérald dans un accès de colère.

La plupart des autres hommes grommelèrent leur accord. Lee savait qu’il avait probablement raison, mais s’abstint de commenter. Il voulait par-dessus tout rentrer chez Dirk pour ne plus penser aux maisons explosives et aux conseils municipaux qui menaçaient de fermer la caserne. Il lui fallait un peu de calme pour se changer les idées.

— Il faut faire tout ce qui est en notre pouvoir, expliqua le capitaine Carter.

Le conciliabule toucha à sa fin et les hommes qui terminaient leur service commencèrent à sortir. Les autres paraissaient hébétés. La plupart d’entre eux restèrent seuls avec leurs pensées, tandis que certains retournèrent à leurs tâches pour terminer la journée. Lee alla récupérer ses affaires, priant qu’il n’y ait pas un autre appel avant la fin de sa garde. Quand l’équipe suivante prit le relais, il se dirigea vers sa moto et conduisit à travers les rues éclairées jusqu’à chez Dirk. Il se gara devant la maison et entra sans frapper.

Dirk le rejoignit dans le salon. Lee laissa tomber son sac, puis l’attira contre lui sans un mot avant d’écraser sa bouche contre la sienne. Il s’empara de ses lèvres, les dévorant davantage quand Dirk essaya de s’écarter. Il avait besoin de quelque chose d’intense pour oublier sa journée. Fort heureusement, Dirk était d’accord et se prit au jeu.

— Tu as faim ? demanda-t-il quand le baiser prit fin.

Lee secoua la tête et souleva Dirk de terre, le calant sur son épaule avant d’emprunter les escaliers.

— Ah d’accord…

Les mots n’étaient plus nécessaires.

Lee jeta Dirk sur le lit et retira les vêtements de son amant. Peut-être arracha-t-il quelques boutons ; difficile de le dire, et il s’en foutait royalement. Sa vision et ses besoins se focalisèrent sur son amant. Une fois nu, il retira ses propres vêtements avant de grimper sur le lit et d’engloutir le membre de Dirk. Le cri étouffé de celui-ci était exactement ce dont il avait besoin. Tous deux savaient se montrer tendres et attentionnés, mais ce soir, Lee avait besoin d’un peu de brutalité. Tous les gestes de Dirk l’informèrent qu’il en avait tout autant envie.

Les cris et gémissement de Dirk envahissaient la pièce ; Lee dévorait presque son amant.

— Lee, je vais jouir !

Lee suça plus fort, sentant Dirk se répandre dans sa bouche, et il avala tout jusqu’à la dernière goutte avant de s’agenouiller et de retourner Dirk sur le ventre sans attendre.

— J’ai tellement envie de toi, grogna-t-il.

Le désir occulta toutes ses pensées. Il eut la présence d’esprit de récupérer la bouteille de lubrifiant sur la table de nuit et s’en couvrit ses doigts pour les enfoncer en Dirk. Il ne se montra pas doux et l’entendit crier en se tortillant sous lui. Il s’enduisit de lubrifiant à son tour, enfonça quelques doigts de plus en Dirk avant de les retirer, puis le pénétra d’un mouvement fluide, rapide, à couper le souffle. Une fois fiché en lui, le sentiment d’urgence se dissipa. La sensation du corps de Dirk l’aida à calmer un peu ses émotions incontrôlables.

Lee esquissa un va-et-vient, s’enfonça en Dirk de tout son poids, puis s'arrêta en se demandant s'il lui faisait mal.

— Baise-moi pour de bon ! grogna Dirk sous lui.

Lee se sentit lâcher prise. Ses hanches s’acharnèrent sur Dirk.

— Oui, comme ça ! l’encouragea Dirk.

Les hanches de Lee esquissèrent un nouveau soubresaut, offrant tout sa force à Dirk.

Sans prévenir, Lee s’extirpa alors de son corps et le renversa sur le dos comme une poupée de chiffon. Il lui releva les jambes sur ses épaules et le pénétra de nouveau. Croisant le regard de Dirk, il l’entendit gémir. Lee laissa ses hanches recommencer leur danse.

— Je… ne… te fais… pas mal, au moins ? grogna-t-il entre chaque à-coup.

Dirk le serra plus fort contre lui.

— Loin de là ! répondit-il en geignant à chaque mouvement. Quel étalon !

Dirk le saisit par les épaules et l’attira à lui. Leurs bouches s’écrasèrent l’une contre l’autre en un baiser vorace qui laissa Lee à bout de souffle.

— J’ai besoin de toi, putain… grogna Lee en continuant à onduler.

L’expression de Dirk lui confirma qu’il comprenait, qu’il lui donnerait tout ce qu’il voulait.

Lee s’acharna sur lui à en perdre haleine, comme si leur vie en dépendait. La chambre bouillonnait, la sueur trempait le torse de Lee, mais il ne ralentit pas et s’arrêta encore moins.

Son esprit menaçait toujours de s’éparpiller aux quatre vents et quand il ne put en supporter davantage, il hurla sous la puissance de son orgasme. Il entendit aussi le cri de Dirk, aperçut sa bouche grande ouverte tandis qu’il jouissait, sa semence s’éparpillant en longues traînées sur son torse.

Ses dernières forces quittèrent le grand corps de Lee et il s'effondra contre le torse de Dirk, respirant comme une locomotive poussive. Flottant sur les vagues d'endorphine jusqu'à ce que son cœur ralentisse, il remarqua à peine les bras de Dirk qui l’enlacèrent.

— Tu vas enfin me dire à quoi ça rimait, tout ça ? demanda Dirk.

Lee hocha la tête mais ne dit rien.

— Je peux comprendre, si tu n’es pas prêt…

— Peux pas… parler… grogna Lee en continuant de reprendre son souffle.

Quand il retrouva enfin ses esprits, il commença lentement à raconter à Dirk comment il avait sauvé le gamin, et comment la maison s’était effondrée juste derrière eux.

— Ils stockaient quarante litres d'essence à la cave. L’endroit aurait pu sauter à tout moment, c’est un putain de miracle qu’on en soit tous sortis vivants.

Lee avait découvert que les autres, ceux qui se trouvaient dans la cuisine, avaient réussi à sortir et avaient été renversés par le souffle de l’explosion, mais qu’ils n’avaient pas été blessés.

— Ces enfants ont eu de la chance de ne pas avoir sauté ou de ne pas avoir fini empoisonnés dans leur sommeil.

Dirk se décala et Lee roula sur le côté. Il pouvait le sentir trembler près de lui.

Dirk n'était pas du genre à parler de ses émotions, mais Lee avait toujours été en mesure de lire en lui comme dans un livre ouvert ; ces tremblements, la façon dont Dirk resserra son étreinte, tout cela exprimait davantage sa peur que les mots de son amant n'auraient pu le faire.

— Nous savons tous que le danger fait partie de notre travail, lui dit Dirk, mais c’est dur quand on l’approche de si près.

Lee observa les yeux de Dirk se refermer et le sentit tressaillir.

— C'est normal que ça te touche…

Lee grogna doucement, il pouvait presque entendre Dirk penser.

— C’est normal d’avoir peur, aussi. Je sais que ce serait le cas pour moi, si les rôles étaient inversés.

Lee posa la tête contre l'épaule de Dirk, écoutant battre le cœur de son amant qui passa un bras autour de son torse. Il avait besoin de se sentir proche de quelqu'un. Lee avait déjà frôlé la mort, auparavant. Le danger faisait partie du boulot, tout le monde à la caserne le savait, et lui aussi. Mais quand cela arrivait, la peur se faisait plus palpable, on prenait davantage conscience de sa mortalité.

— J’aurais peur de te perdre.

Lee pencha la tête pour son expression et aperçut un léger sourire sur ses lèvres. Il sentit les bras de Dirk le serrer plus fort quelques secondes.

— On peut en parler, tu sais.

— Moi non plus, je ne veux pas te perdre, dit enfin Dirk à voix basse.

— C’était si dur que ça ? le taquina Lee en souriant.

Il se pencha pour l’embrasser.

— Il va falloir que je te récompense à chaque fois que tu ouvres la bouche pour me parler. Ça va peut-être te surprendre, mais en fait, je ne sais pas lire tes pensées.

Lee embrassa Dirk plus fort.

— On ferait mieux de prendre une douche avant d’aller au lit, sinon on va rester collés.

— Il y a des choses bien pires que rester collé à toi, lui dit Dirk doucement.

Lee essaya de ne pas trop s’emballer, alors même qu’il comprenait ce que disait Dirk à sa façon. Lee se releva et attendit son amant qui se dirigea vers la salle de bains. Il entendit l’eau se mettre à couler et le suivit peu après. Il se sentait fatigué et las. Quand il se glissa sous le jet d’eau, ses muscles se détendirent. Dirk passa derrière lui, lui massa les épaules, les caressa. Lee grogna doucement, la tension de s’évaporant. Puis Dirk se rapprocha, le torse pressé contre son dos, et glissa les bras autour de lui.

— Je t’aime, tu sais, Lee, dit-il derrière lui. Je sais que je ne te le dis pas aussi souvent que je devrais, mais c’est vrai.

Il se retourna entre les bras de Dirk, l’eau coulant contre sa tête, frappant son dos douloureux.

— Je sais. Et non, tu ne le dis pas souvent, mais tu me le montres, et c’est ça qui compte la plupart du temps.

Lee se pressa contre Dirk, le poussant contre le carrelage. Il l’embrassa durement.

Dirk l’enlaça fermement. Lee continua de s’appuyer contre lui, sa peau glissant contre la sienne. Il avait besoin de se sentir proche de Dirk. Leur baiser prit fin. Dirk attrapa le gel douche et commença à s’en recouvrir les mains. Lee ferma les yeux et le laissa le savonner et prendre soin de son corps massif. Parfois, Dirk pouvait se montrer l’homme le plus attentionné et le plus généreux qu’il ait jamais connu… Mais d’autres fois… Lee repoussa ses pensées qu