ZYGI ÉTAIT assis dans son bureau, ses pieds bottés calés sur le meuble. Adossé à sa chaise en cuir, il tapotait un stylo contre l’accoudoir. Les lumières étaient basses et les écrans de l’ordinateur clignotaient avec des images de gens s’amusant à différents jeux de hasard à l’étage du casino. Les yeux de Zygi passaient d’un écran à l’autre, regardant, évaluant. C’était son travail : il était Chef de la Sécurité au Palms Hotel et Casino à Las Vegas.

Sachant que son équipe observait aussi les moniteurs, Zygi se tourna vers un écran en particulier qui l’intéressait et appuya une fois de plus sur le bouton lecture. L’image était granuleuse et les silhouettes indistinctes, mais il y avait son patron et ami d’enfance, Jeff Mayfield. Avec lui se trouvait son… petit ami, amant, Zygi ne savait pas comment diable appeler Cam, mais ils étaient dans un des parkings, ayant une violente dispute. Zygi arrêta la bande et la repassa, plus qu’un peu agacé par le contenu visuel. Jeff avait, en matière de sécurité, le meilleur que l’argent pouvait acheter, il le savait. C’était lui qui avait choisi l’entreprise de matériel et de surveillance. C’était son travail. Alors pourquoi la bande sur cette caméra en particulier était horrible ? Et il n’y avait pas de son, non plus. Tous les enregistrements après l’incident étaient clairs comme le jour, avec du son, mais pas ce segment.

Ce n’était pas la seule chose qui tracassait Zygi. Enfin, ce n’en était qu’une parmi une longue liste croissante, en fait. Il se souvenait avoir vu Brad, l’ex de Jeff, arriver, et avoir lui-même désespérément essayé de trouver Jeff pour l’avertir. La chose suivante dont il se rappelait clairement était Jeff et Cam se disputant sur la vidéo, et ensuite, plus tard dans son bureau, riant à propos de la dispute après qu’elle était finie. Mais il ne pouvait se débarrasser de la sensation qu’il y avait quelque chose qu’il devait mettre au clair dans cette histoire.

 

 

ZYGI REGARDA sa montre. Il avait promis à Mo de le retrouver quelques minutes plus tard. Et voilà une autre chose qui n’allait pas non plus dans toute cette étrange affaire. Jeff et Cam agissaient comme si rien d’inhabituel n’était arrivé, mais Mo était mal à l’aise. Zygi frotta son crâne chauve, comme d’habitude quand il s’interrogeait sur une situation. Peut-être que l’aura de malaise venant de Mo n’avait rien à voir avec la dispute de Jeff et Cam, et tout à voir avec Zygi.

Les gens disaient de Zygi qu’il était grand, poilu et effrayant, et il devait admettre qu’ils avaient raison. Et oh oui, il était un Dom. Mo était son opposé à tout point de vue. Il était plus petit, mince de carrure, ne comprenait pas tout à fait l’anglais, et était timide. Bon sang, comme Mo était timide. Il dégageait une telle innocence. Zygi pariait aussi que Mo était un soumis, ce qui poussait le Dom en lui à se frotter les mains. Il y avait une attirance là, il en était sûr. Quand il avait touché le petit homme, des étincelles avaient éclaté entre eux.

Zygi enfouit ses sentiments désagréables pour l’instant et se précipita vers les ascenseurs privés. Il ne voulait pas faire attendre Mo.

 

 

ZYGI TROUVA Mo attendant à l’extérieur du Rain, la boite de nuit la plus populaire du Palms. Toute cette jolie peau pâle, qui marquerait si bien, et ces courts cheveux gris en épis l’avaient attiré depuis le début. Mo avait une prédisposition génétique qui expliquait les cheveux gris ; il était en fait dans la fin de la trentaine, juste quelques années plus jeune que Zygi lui-même. Ces surprenants yeux bleus profonds et mystérieux rappelaient la mer à Zygi. Mo était en pleine forme, avec des muscles fermes, et faisait un peu moins d’un mètre quatre-vingt. Même de là où il se tenait à observer, il pouvait dire que Mo était nerveux. Sa bougeotte constante et le fait qu’il tape du pied amenaient Zygi à se demander ce qui le tourmentait.

Il traversa l’espace et rejoignit Mo. Zygi remarqua l’expression de soulagement qui apparut brièvement sur son visage. Peut-être que c’était juste les foules qui le mettaient mal à l’aise.

– Salut, Mo.

– Euh, salut.

Mo remua d’un pied sur l’autre.

– Alors, as-tu vu Cam et Jeff ?

– Oui, ils sont probablement en haut maintenant, à baiser comme des lapins.

Mo leva des yeux étonnés vers lui.

– Qu… quoi ?

– Tu prends vraiment les choses au pied de la lettre, n’est-ce pas ? Ça signifie qu’ils sont probablement au lit en train de « coucher ensemble de façon très intense » à cet instant.

Zygi utilisa ses doigts recourbés en l’air comme des guillemets pour accentuer une certaine partie de la phrase.

– Oh… Oh ! Oui, j’imagine que tu as raison.

– Écoute, tu veux aller au Rain un moment, peut-être danser un peu ?

Le rougissement de Mo se propagea sur son cou.

– J’aimerais bien faire ça.

 

 

ZYGI CONDUISIT Mo dans la boite de nuit et trouva une cabine ouverte. Il s’assit et fit signe à une serveuse.

– Tu as attendu longtemps ?

– Je viens juste d’arriver. Comme tu n’étais pas encore là, je t’ai attendu.

Mo se mordit la lèvre.

– J’espère que ça allait.

– Je suis content que tu aies attendu. J’avais quelques trucs à faire. Est-ce que cette cabine est bien ? Ou préférerais-tu aller dans celle de Jeff ? Elle est plus chic.

La serveuse arriva et Zygi leva la main pour la faire attendre.

– Qu’est-ce que tu veux faire ?

Les grands yeux de Mo regardèrent leur cabine.

– Plus chic que celle-ci ?

Zygi grogna.

– Oui. C’est lui le propriétaire, tu te souviens ?

– J’aime bien celle-ci. Pouvons-nous rester ici ?

– Absolument. Maintenant, qu’est-ce que tu veux boire ?

Zygi haussa les épaules.

– C’est moi qui paie, alors n’aie pas peur de commander sur l’étagère supérieure si tu veux.

Mo bougea dans son siège. Au nom de tous les dieux, qu’est-ce que ça signifiait ? Il ne pouvait pas voir le bar principal de là, alors comment saurait-il ce qui était sur l’étagère supérieure ? Ce que disait Zygi devait vouloir dire autre chose que ce qu’il pensait. Il aurait vraiment souhaité que Cam soit avec eux pour traduire.

Zygi vit la confusion sur le visage de Mo. Là – il y avait cette barrière du langage qui n’arrêtait pas de ressortir. Pouvait-il vraiment ne pas savoir ce que ça voulait dire ?

– Euh, ce que je veux dire, c’est que si tu veux une boisson, tu peux commander les marques chères.

Les yeux de Mo s’illuminèrent.

– Je peux avoir un Coca Cerise ? Cam m’en a pris un à ce fast-food où les filles viennent en patins à roulettes jusqu’à ta voiture.

Zygi fixa Mo, puis regarda la serveuse tout aussi choquée.

– Penny, amène-moi une Bud et un grand Coca Cerise – un virgin Coca Cerise, s’il te plaît. Ferme la porte en sortant aussi.

– Compris.

Elle lança un sourire à Mo avant de sortir rapidement.

– Alors, je voulais te demander. Comment as-tu su ce qui partait en cacahuète, ah, je veux dire, ce qui se passait entre Cam et Jeff ?

Mo baissa les yeux vers la table.

– Cam m’a dit que Brad avait été foutu dehors par son petit ami de longue date, Aaron. Il est arrivé à la porte de Jeff avec une idée foireuse de l’utiliser pour le gîte et le couvert gratuit jusqu’à ce qu’Aaron le reprenne.

– Petit bâtard. Je parie que Cam ne savait pas que Brad est un acteur récompensé, hein ?

– Il l’a découvert plus tard, après que Jeff et lui se sont réconciliés, mais la dispute que ça a causée entre eux dans le parking, c’était vraiment quelque chose, Zygi.

Zygi fronça les sourcils, c’était son problème. Quand il s’était assis pour regarder le film, c’était comme s’il le voyait pour la première fois. Il n’avait pas de véritable souvenir de la bagarre. Jeff et Cam agissaient comme si tout allait bien et s’étaient retirés dans l’appartement-terrasse de Jeff pour se réconcilier.

Mo se mordit la lèvre inférieure alors qu’il observait Zygi. C’était ce qu’il craignait. Il ne pouvait pas vraiment dire la vérité à Zygi, n’est-ce pas ? Que Cam, le petit ami de Jeff, qui était réellement son compagnon, était le légendaire Cupidon. Et que Cupidon avait un côté sombre, connu sous le nom de Jalousie, qui avait fait une apparition grâce au débarquement de Brad. Oh oui, il pouvait juste s’imaginer dire à Zygi comment le dieu de tous les dieux, Zeus, arracherait les ailes de Cupidon si ça devenait de notoriété publique que les dieux marchaient sur Terre. Si un tel savoir s’échappait parce que Cupidon avait perdu le contrôle et se dévoilait ? Eh bien, Morphée ne voudrait pas être dans les parages pour le règlement de compte.

Il ne pouvait pas dire à Zygi que Jalousie était une créature déplaisante qui était aussi redoutable qu’il était dangereux. Il ne pouvait pas non plus divulguer que Jalousie, dans un accès de rage, pourrait balancer un ou deux véhicules comme s’il jouait à la balle. Mo était soulagé de n’avoir pas eu à protéger Jeff de la colère de Jalousie. Quelque part dans l’esprit tordu de Jalousie, il avait dû avoir un besoin ou un désir de ne pas blesser Jeff. La créature avait dû savoir qui il était pour lui. Et finalement, restait le problème de l’identité de Mo lui-même, qui n’était pas humain non plus.

Mo tordit une serviette en papier que la serveuse avait laissée alors qu’il se préparait à se lancer dans son mensonge.

– Cam m’a appelé. Il était tellement en colère que je pouvais à peine comprendre ce qu’il disait. Mais je savais que quelque chose n’allait pas, alors je suis venu ici. J’ai compris que j’obtiendrais toute l’histoire par Jeff. Je ne m’attendais pas à tomber sur une engueulade dans le parking.

La conservation s’arrêta quand la serveuse amena leurs boissons. Mo remua son Coca, souhaitant ne pas devoir mentir. Il aurait voulu ne pas avoir été obligé d’endormir Zygi pendant tout ça. Il ne voulait pas mentir à Zygi sur Jeff rattrapant Cam dans le parking. Pas plus qu’il n’avait voulu trafiquer les caméras au cas où Zygi essayait de regarder la dispute qui n’avait jamais eu lieu. Il n’avait pas eu le choix. Comment les humains maintenaient-ils tous ces secrets ? Son incursion dans leur monde se transformait en énorme épreuve.

Zygi but une gorgée de sa bière.

– Ce n’est juste pas le genre de Jeff de se donner en spectacle comme ça. Il est habituellement très maître de lui.

– Je peux te le dire maintenant, Cam ne l’est pas. Il essaie, cependant. Mais quand il s’énerve, tout le monde aux alentours le sait.

Mo frissonna. Eh bien, c’était un bel euphémisme.

Zygi haussa les épaules, imperturbable.

– Je suppose que l’amour peut te faire perdre la tête. Puis il y a Brad, et celui-là énerverait même un saint. Bâtard inutile.

Mo sirotait sa boisson avec une paille. De nouveau, il ne comprenait pas ce que Zygi voulait dire.

– Tu n’aimes pas beaucoup Brad.

– Non. Je n’ai pas le temps à perdre avec les menteurs et les manipulateurs.

Zygi regarda sa montre et manqua l’expression peinée qui traversa les yeux de Mo.

– Bon sang, je suppose que le temps passe vite quand on s’amuse. Nous ferions mieux d’arrêter là pour ce soir, je dois travailler tôt dans la matinée. Tu as un moyen de rentrer ?

– Non, je n’en ai pas. Je n’ai pas de voiture.

Mo ne pouvait pas dire à Zygi que son mode habituel de transport était d’apparaître dans un tourbillon de fumée.

– Alors comment es-tu arrivé jusqu’ici ?

Zygi signa le ticket que la serveuse avait laissé et se leva.

– J’ai pris un taxi.

Mo aurait voulu crier, alors qu’il ajoutait encore un mensonge à la pile grandissante dans laquelle il était déjà enfoncé jusqu’aux genoux, se rappelant la remarque que Zygi avait faite sur les menteurs.

Zygi fronça les sourcils.

– Tu loges chez Cam, pas vrai ?

– Euh, oui.

Zygi attrapa la main de Mo et se tourna pour quitter la cabine.

– Je vais te ramener. Inutile de gaspiller de l’argent pour un taxi.

Mo sursauta quand Zygi le toucha. Une nouvelle fois, ce picotement remonta à tout allure le long de son bras.

– O… Oh, d’accord, si tu es sûr que ça ne te dérange pas.

Zygi s’arrêta alors qu’il traversait la piste de danse bondée et se retourna pour faire face à Mo.

– Crois-moi, je ne fais rien que je ne veux pas faire.

Mo frissonna. Oh oui, il croyait ce grand homme. En silence, il suivit Zygi jusqu’au garage privé des employés. Zygi emmena Mo jusqu’à son 4x4 Chevrolet surélevé. Mo leva les yeux, puis les releva, puis encore plus jusqu’à ce qu’il puisse repérer la poignée. Perplexe, il se tourna et regarda Zygi.

– Ah, est-ce qu’il y a une échelle ? Peut-être une corde, quelque chose que je peux utiliser pour monter dans ce truc ?

Zygi rigola, déverrouilla le véhicule et ouvrit la portière passager. Pourquoi montrer les marchepieds sous la portière si Mo ne les avait pas remarqués ? De plus, ça lui donnait une autre excuse pour toucher Mo. Il plaça les mains autour de la taille mince de Mo et le souleva. À nouveau, un courant électrique remonta ses deux bras dès qu’il toucha Mo. Oui, même réaction qu’avant.

– Attrape la poignée au-dessus de la portière et tire.

La voix de Zygi était rauque tandis que ses mains se contractaient autour de la taille de Mo. Il donna de l’élan à ce dernier en plaçant sa main à plat sur son petit cul sexy et en poussant. Il durcit quand il entendit le petit cri surpris de Mo. Zygi recula. Avant que la portière se referme, il eut un rapide aperçu de grands yeux bleus et de dents mordillant une lèvre inférieure tendre.

Mo se tortilla sur son siège, essayant de convaincre son érection de redescendre avant que Zygi ne monte dans le pick-up. Il regarda son entrejambe – pas de chance. Un simple toucher et il sautait presque au plafond. Mo se mordilla la lèvre inférieure, imaginant ce qu’il ressentirait quand Zygi ferait plus que juste lui toucher les fesses. Il gémit et son membre indocile palpita à cette pensée.

– Descends, murmura Mo à son sexe, une main serrant la poignée tandis que Zygi ouvrait la portière conducteur.

Un sourire traversa le visage de Zygi. Il avait entendu Mo et le Dom en lui exigeait qu’il le confronte là-dessus. Mais il lutta contre cette part de lui. Mo donnait déjà l’impression d’être prêt à sauter du véhicule et Zygi savait qu’il n’y avait pas moyen que le garçon soit prêt pour ce genre de…. jeu.

– Tu vas bien ?

Zygi posa la question, puis plissa le front alors que le mot « garçon » tournait dans son esprit. Mo n’était certainement pas un « garçon ». Il avait l’air d’être au milieu de la trentaine au moins, et tous ces cheveux gris le faisaient paraître un peu plus âgé, mais « garçon » convenait.

– Ah, oui, pourquoi ?

– Si tu veux que la vitre descende, tu vas devoir attendre que je mette le contact.

Zygi observa Mo rougir légèrement. D’accord, alors peut-être qu’il n’avait pas cette partie de lui complètement sous contrôle.

– C’est bien la vitre que tu voulais faire descendre, pas vrai ?

– Oh. Oh oui, c’est vrai.

Le bruit que fit Mo était proche d’un gloussement hystérique. Il grimaça à ce son et rougit davantage.

Le malaise de Mo donnait envie à Zygi de le prendre dans ses bras. Il était surpris par son envie irrésistible de protéger Mo, de le dorloter, jusqu’à ce qu’il se calme. Ensuite, il voulait l’exciter de nouveau en mettant Mo sur ses genoux et en flanquant une fessée à ce cul mince jusqu’à ce que Mo le supplie d’arrêter. Il avait l’air tellement innocent que cela réveillait chaque instinct primitif que possédait Zygi. Il savait qu’il était impossible que Mo soit vierge, pas à son âge, mais quand même. Il voulait prendre cette douce innocence et … Quoi ? Certainement pas la détruire, ou même la salir. Alors quoi ensuite ? Le Dom en lui savait exactement ce qu’il voulait : il voulait le revendiquer, marquer Mo comme sien, et mettre au défi quiconque de regarder ce qui lui appartenait. Ce qu’il voulait, c’était voir son collier autour du cou de Mo, et ça le choquait. Cela faisait longtemps qu’il n’avait ressenti l’envie de mettre un collier à quelqu’un, et Mo était loin d’être prêt pour ça.

– Je suis désolé, Zygi.

La voix douce de Mo flotta dans la cabine sombre.

– Désolé ? Désolé pour quoi ?

– Pour ça.

Mo le regarda.

Pendant une fraction de seconde Zygi entendit de nouveau ces mots, à un autre moment et dans une autre voiture. Mo était sur le siège avant et tendu. Jeff était là, aussi, et bouleversé par… quelque chose. Quelque chose n’allait pas et cela concernait… qui ? Zygi vit de longs cheveux ondulés gris et de brillants yeux bleus. Il y avait tellement de tristesse dans ces yeux bleus, ces grands yeux bleus qui… rayonnaient ?

– Zygi ?

Et juste comme ça, l’image fut partie, perdue dans un épais brouillard dans son esprit. Il eut beau essayer, il ne put se rappeler ce qu’il venait juste de penser. Zygi secoua la tête et regarda Mo. Il y avait quelque chose dont il avait besoin de se souvenir, quelque chose d’important…. Pourquoi ne pouvait-il pas se souvenir ?

– Zygi ?

Zygi serra le volant alors que le brouillard dans son esprit se refermait.

– Oui ?

– Tu vas bien ?

– Oui, oui, je vais bien. Désolé d’avoir décroché – je veux dire, je pensais à autre chose.

Mo se tordit les mains sur ses genoux.

– Tu sais où tu vas ?

Aucune idée. Aucun indice sur où je vais avec tout ça ou ce que je fais. Mais je sais ce que je veux.

– Oui, Jeff m’a dit où Cam avait emménagé.

– D’accord.

Mo coinça les mains sur ses genoux et baissa la tête.

Zygi démarra le pick-up. Est-ce que Mo réalisait à quel point sa posture était celle d’un soumis ? Non, bien sûr qu’il ne le réalisait pas. Zygi remua sur son siège. Maintenantc’était lui qui essayait de trouver une position confortable pour le membre palpitant dans son pantalon. Il voulait rentrer, enfiler son cuir et … Et ce fil de pensées n’aidait pas avec ce problème.

Mo observa Zygi du coin de l’œil. Pendant un instant, le visage de Zygi avait été vide, et cela l’inquiétait. Qu’avait-il vu dans son esprit ? Le reste du trajet fut silencieux, tous deux perdus dans leurs pensées. Quand ils atteignirent l’immeuble près du bout du Strip, Zygi se gara et aida Mo à descendre du pick-up.

– Merci, Zygi.

Mo avança jusqu’à la porte avec Zygi derrière lui.

– Tu vas m’inviter à entrer ?

– Euh, d’accord, bien sûr, tu peux entrer si tu veux.

Les mains de Mo tremblaient légèrement tandis qu’il déverrouillait la porte. Pourquoi Zygi voudrait-il entrer quand il venait juste de dire qu’il avait besoin de se lever tôt le lendemain ?

– Je veux.

Mo ouvrit la porte, puis se décala alors que Zygi pénétrait à l’intérieur. Sa nervosité s’emballa de nouveau.

– Il n’y a pas grand-chose ici. Nous venons juste de tout installer. Je pense que Cam va emménager avec Jeff maintenant. Je ne m’attendais pas à ce que Cam…. Tout ceci arrive si vite, et je ne suis vraiment pas sûr d’être…

– Mo ?

– Oui ?

Zygi referma la porte et attrapa Mo par les passants de sa ceinture, le rapprochant.

– Tu babilles.

– Vraiment ? demanda Mo, les yeux écarquillés.

– Oui, vraiment. Mais je connais le truc parfait pour t’aider avec ça.

Zygi se pencha.

– Ah oui ?

Mo ferma les yeux. Zygi était assez proche pour que Mo sente son souffle sur sa joue.

– Oh oui.

Zygi scella de ses lèvres celles de Mo.

Mo était raide dans les bras de Zygi. Puis, avec un petit gémissement, il fondit contre son grand corps. Dès qu’il répondit, il se retrouva appuyé contre la porte. Écrasé et submergé, Mo trembla quand Zygi prit le contrôle. Il ouvrit la bouche quand sa langue taquina ses lèvres. Son sexe gonfla quand il plongea à l’intérieur, le goûtant. Mo toucha de la langue celle explorant sa bouche et gémit de nouveau quand elle se battit en duel avec la sienne. Mo saisit les bras de Zygi, serrant désespérément alors qu’il essayait de s’ancrer dans la tempête de sensations le submergeant. Finalement, Zygi se recula et relâcha ses lèvres. Perdu dans ses sensations, Mo posa la tête contre la porte. Les yeux fermés, le cœur battant, Mo sut que c’était quelque chose qu’il n’oublierait jamais. Son premier vrai baiser venant de Zygi, comme il l’avait voulu, qui ne faisait pas partie d’un rêve.

Zygi sourit à l’image que Mo présentait et passa le pouce sur la lèvre inférieure humide de Mo. Une montée primitive de désir pur traversa son corps alors qu’il la regardait trembler.

– Tu as des projets pour demain ?

– Non.

Mo ouvrit les yeux, toujours troublé par le baiser.

– Bien. Je veux que tu me rejoignes pour déjeuner au Palms. Que dis-tu du 24/7 ? Sois là pour midi.

– D’accord.

Zygi grogna. Son garçon était hébété et lui, il était tenté de le soulever et le porter jusqu’au lit le plus proche, ou le canapé… Bon sang, la table de la cuisine ferait très bien l’affaire.

– Tu sais quoi ? J’enverrai quelqu’un te chercher aux alentours de onze heures quarante-cinq. Appelle-moi quand tu arrives au casino.

Mo lécha ses lèvres gonflées. D’une certaine manière, ils avaient fait des projets pendant qu’il flottait encore sur un nuage.

– Ce n’est pas nécessaire, Zygi.

– Si, ça l’est. Je veux passer avec toi chaque minute disponible que j’ai pendant le déjeuner.

– D… D’accord, mais je n’ai pas ton numéro.

Mo enleva les mains des bras de Zygi et sortit son téléphone de sa poche.

– Tu es vraiment exigeant, pas vrai ?

– Oui, je suis exigeant.

Zygi enregistra son numéro dans le téléphone de Mo.

– Est-ce que ça te dérange ?

– Tu seras le premier à le savoir si ça me dérange un jour.

Zygi rit puis, après un rapide baiser, se recula. Il y avait cette lueur de feu qu’il avait vue avant. Mo était timide, mais il n’était pas faible. Zygi était prêt à parier que Mo était un petit diable quand il était énervé. Ce qui était bien. Il aimait que Mo ait de la combativité en lui. Avoir du cran donnait des expériences intéressantes au lit.

– Verrouille derrière moi.

– Oui, je vais le faire, et merci de m’avoir ramené.

Zygi se tint sur le pas de la porte, se rappelant pourquoi rentrer chez lui était une bonne idée.

– C’était un plaisir.

Mo laissa Zygi sortir et verrouilla comme ce dernier l’avait demandé. Le double sens des dernières paroles de Zygi ne lui échappa, pour une fois. Mo s’affala contre la porte fermée et passa les doigts sur ses lèvres tremblantes. Il avait été embrassé, et quel baiser cela avait été ! Le sourire aux lèvres, il avança jusqu’à son lit. Juste quand il s’asseyait dessus, le ciel nocturne s’illumina. Mo leva un sourcil. On aurait dit un des éclairs de Zeus. Il se demanda ce qui avait énervé Zeus cette fois et haussa les épaules. Il s’allongea et ferma les yeux. Il était l’heure pour Morphée, Dieu des Rêves, de se mettre au travail, et il savait justement à qui il voulait rendre visite.