I

 

 

IL ÉTAIT traqué.

Les ombres autour de lui tournoyaient et dérivaient comme s’il était sous l’eau. S’il n’était pas prudent, il se noierait sans problème dans son propre sang.

Calvin maintenait une poigne ferme sur son fusil. Il inspirait lentement par le nez et expirait par la bouche. Son souffle était chaud contre sa peau à cause du masque qui le protégeait du froid mordant. Dieu soit loué pour les uniformes thermiques du THIRDS. Sans ça, il aurait le cul gelé à présent. Moins seize degrés. Par tous les diables ! C’était New York, pas le Canada. D’un jour à l’autre, la température allait descendre au-dessous du moins dix-huit ; il le savait. Ces types avaient choisi le mauvais jour pour merder. Les agents félins aimaient batifoler dans la neige autant que n’importe quel Therian, mais pas au milieu de la nuit, et certainement pas quand il faisait assez froid pour geler leurs moustaches. Des félins agacés étaient synonymes de colères monumentales.

Il y eut un faible gloussement dans le lointain, et il se tourna avec une attention exacerbée, ses bottes s’enfonçant dans les couches de neige fraîchement tombées. Son oreillette grésilla et la voix tranquille de Dex lui parvint, étouffée, à l’autre extrémité.

— Calvin, des visuels ?

— Négatif, répondit-il en continuant d’avancer.

Il régnait un silence de mort. Comme si la ville elle-même sommeillait et se cachait du froid implacable. Les seuls sons qu’il percevait venaient du vent hurlant et de la neige comprimée par ses bottes. Le vent se remit à souffler et la neige à tomber de bon cœur. Cela rendait encore plus difficile de trouver le gang de hyènes Therians dans les bois de Central Park Nord, en particulier quand leurs propres agents du THIRDS étaient en train de les traquer sous leur forme animale. Peut-être que ses coéquipiers humains avaient plus de chance. Il en doutait, vu que son communicateur restait muet. Ethan avait repéré l’odeur d’un de leurs suspects plusieurs minutes auparavant et avait disparu dans les bois. Calvin ne l’avait plus vu ni entendu depuis lors, ce qui signifiait que son partenaire était toujours en chasse. Quelque part, dans la nuit noire, Sloane et Ash faisaient de même. Cael, ce chanceux, était assis au chaud dans leur BearCat à s’occuper de la surveillance.

Un périmètre avait été mis en place sur la 79ème Rue Est, qui coupait Central Park, jusqu’à Central Park Ouest, en passant par la 110ème Rue et jusqu’à la Cinquième Avenue. Si ces connards tentaient une échappée vers la ville, ils seraient accueillis avec une pluie de tranquillisants et les agents Therians de Theta Destructive sous leur forme animale. C’était à Destructive Delta de s’assurer qu’ils n’iraient pas aussi loin.

Il y eut un autre gloussement distinctif, plus proche cette fois. Calvin accéléra le pas et parla dans son communicateur.

— J’ai entendu quelque chose. Je vais jeter un œil.

— Quelle est ta position ? demanda Dex d’un ton dénué de son humour habituel.

Suite à la pagaille qui avait eu lieu avec Shultzon et le démantèlement du complexe, Sparks leur en faisait baver à l’entraînement depuis des semaines, mais personne n’était soumis à aussi rude épreuve que Dex et Sloane. Tous les deux étaient particulièrement préparés : tout le monde le savait. Diable, Dex et Sloane eux-mêmes le savaient. Simplement, ils ne savaient pas pourquoi. Pendant ce temps-là, Calvin et ses coéquipiers suivaient le mouvement. Personne n’était contre le fait de se renforcer ou d’élargir son champ de compétences, surtout Dex, qui était toujours en train d’essayer de comprendre quel était le sien. D’après Calvin, Dex appréciait secrètement le régime épuisant auquel ils étaient soumis. Au final, son coéquipier découvrirait ce que Sparks leur réservait. Il le découvrait toujours.

— J’arrive derrière le blockhaus.

Calvin ralentit en s’approchant de l’ancienne fortification militaire. Elle avait été construite dans les années 1800 pour se défendre contre les Britanniques. Maintenant, c’était un piège mortel. Une foule de Therians pouvait se cacher à l’intérieur ou à proximité de ses murs de pierre.

— Surveille tes arrières, dit Dex.

— Affirmatif.

Calvin s’accroupit à côté d’arbustes denses drapés sous des couches de neige d’un blanc pelucheux et scanna les environs. Une demi-douzaine de hyènes Therians se cachaient quelque part là-dedans, toutes planant complètement. Un mandat avait été lancé et les agents du THIRDS avaient été envoyés pour arrêter le gang après avoir reçu un tuyau sur leur localisation. Avant que l’équipe puisse procéder à l’arrestation, le gang avait réussi à s’échapper en faisant sauter leur labo de meth. Heureusement, il n’y avait pas eu de victimes, mais le groupe avait causé des ravages en ville avant que les équipes de l’Unité Alpha ne les coincent dans Central Park, plus d’une heure auparavant.

Les hyènes tachetées Therians n’étaient ni plus ni moins que les lâches que de nombreux humains les accusaient d’être. Sous leur forme animale, elles étaient mortelles, habiles à chasser la nuit, possédaient des mâchoires puissantes, se déplaçaient en meute, et se défendaient farouchement. Un faible ricanement parvint aux oreilles de Calvin et une ombre bougea derrière le blockhaus. Il arma son fusil tranquillisant avant d’avancer.

— THIRDS ! Sortez lentement !

Calvin tenait son fusil avec fermeté et prit pour cible la hyène qui grondait sur lui dans l’ombre, ses yeux luisants traquant chacun de ses mouvements. Lentement, elle rampa en avant, l’obscurité la suivant comme un esprit d’un autre monde. Elle rit, appelant ses congénères. Les poils de la nuque de Calvin se hérissèrent et il se retourna à l’instant où une hyène Therian lui sautait dessus et l’envoyait bouler. Il heurta la neige et les mâchoires du Therian se refermèrent sur son fusil. Merde ! Du mouvement sur sa gauche attira son attention et il attrapa rapidement son arme tranquillisante secondaire dans son gilet pour faire feu sur l’animal en approche. La fléchette le toucha au cou et il hurla avant de détaler.

Calvin lutta avec la hyène Therian qui essayait de croquer son fusil comme un os savoureux. De la salive coulait sur son uniforme et il vit du coin de l’œil une troisième hyène en train de faire des cercles autour de lui, cherchant le bon angle pour bondir. D’accord, ça suffisait toutes ces conneries. Calvin fit feu sur le Therian qui mâchonnait son fusil, et ce connard vacilla sur le côté, la fléchette dépassant de son cou. Il s’ébroua et rit de ce son typique qui foutait les jetons. De multiples paires d’yeux luisants et de formes sombres surgirent dans les bois autour de lui. C’était quoi ça ?

Calvin se remit debout et appuya sur son communicateur.

— Dex, il y en a plus de six !

— Quoi ?

— Je ne sais pas d’où elles sortent, mais je suis en train d’en regarder sept ou huit. Peut-être davantage.

— Merde. Tiens bon. Nous venons vers toi.

Calvin tira sur les yeux luisants et battit lentement en retraite. Il entendit un glapissement suivi de plusieurs gloussements, cris d’excitation et rires. Elles bougeaient sacrément vite. Calvin n’avait pas l’habitude de manquer sa cible, mais son exactitude dépendait hautement du fait qu’il soit capable de voir ladite cible. Chaque fois qu’il visait une paire d’yeux qu’il supposait être attachée à la forme sombre qui l’entourait, elle bougeait ou disparaissait. Il devait les attirer dehors. Putain. Il détestait cette partie.

Passant la sangle de son fusil sur son épaule, il piqua un sprint dans la direction opposée, ce qui était loin d’être une partie de plaisir dans la neige épaisse, à cause du poids de son équipement. Il bougea aussi vite qu’il le put, les gloussements et les rires se rapprochant alors que les Therians émergeaient de l’obscurité pour lui donner la chasse. Il y avait un petit pont devant lui qui enjambait un ruisseau gelé. Accélérant l’allure, il se dirigea vers le pont, tentant un rapide coup d’œil par-dessus son épaule. S’il vous plaît, faites que ça marche.

Une meute grondante de hyènes Therians était juste derrière lui, presque assez près pour lui croquer les mollets. Il poussa plus fort sur ses jambes, de la sueur perlant sur son front et ses poumons le brûlant à cause de l’air glacial qu’il respirait tandis qu’il détalait dans les bois. S’il s’arrêtait, elles lui tomberaient toutes dessus comme des bêtes sauvages, et le déchiquetteraient jusqu’à ce qu’il ne reste rien de lui à l’exception de son équipement. Elles ne laisseraient même pas ses os. Pas question ! Il ne serait pas le repas de ces connards.

— Ethan !

Calvin cria, sachant que son partenaire l’entendrait où qu’il soit. Son meilleur ami ne laisserait jamais rien lui arriver s’il pouvait l’empêcher. Ethan serait là pour se battre pour lui, pour veiller sur lui et le protéger. Ils couvraient mutuellement leurs arrières, sur le terrain et en dehors. Les choses avaient toujours été ainsi. Eux deux contre le reste du monde.

Du coin de l’œil, à sa droite, il aperçut l’une des hyènes qui approchait rapidement. Elle s’élança sur lui et Calvin tira avec son fusil, mais cela n’arrêta pas l’animal qui lui fonça dessus et le renversa. La bête referma ses mâchoires sur son épaule, ses dents s’enfonçant à travers le tissu et se heurtant à la plaque en métal intégrée à son gilet par balle, donnant le temps suffisant à Calvin de lui envoyer un crochet du droit et de frapper l’animal à la tempe. Avec un glapissement, il roula sur le côté, mais se redressa rapidement, les crocs dénudés, grondant sur lui.

Le rugissement féroce qui retentit de quelque part dans les bois eut un effet paralysant. Les branches des arbres tremblèrent, faisant tomber la neige au sol. Très vite, les hyènes Therians reprirent leurs esprits et chargèrent Calvin qui se prépara à les recevoir : fusil levé et prêt à tirer. Ethan sortit soudain de l’obscurité et s’arrêta en dérapant devant Calvin. Il rugit à nouveau, dénudant d’énormes crocs acérés. Le son était terrifiant et il figea tout et tout le monde le temps d’un instant. Deux hyènes tournèrent les talons et s’enfuirent en poussant des cris plaintifs. Une demi-douzaine ou presque restèrent.

— D’accord, mon pote. Occupons-nous de ça.

Calvin se releva et inclina son fusil. Les Therians s’éparpillèrent et il s’élança derrière eux avec Ethan qui les empêchait de disparaître dans les bois, rugissant et bondissant, les dirigeant dans les zones dégagées du parc. C’était exactement ce dont Calvin avait besoin : la possibilité de placer un tir net et franc.

Calvin anticipa leurs mouvements, tirant là où il pensait les trouver au lieu de réagir à leurs manœuvres de diversion. Il en toucha une en deux endroits. La hyène s’effondra dans la neige. Les membres restants du gang firent tout leur possible pour rester hors du chemin d’Ethan tout en cherchant à se rapprocher de Calvin. La neige volait comme des vagues s’écrasant contre un rivage alors qu’Ethan courait, bondissait et donnait des coups de pattes. Ses griffes les mettraient hors-jeu si son partenaire les touchait ne serait-ce qu’une fois. Réalisant qu’elles n’avaient aucune chance contre un tigre Therian, les hyènes se dispersèrent pour se ruer à nouveau sur Calvin.

— Bon Dieu, où êtes-vous, les gars ? cria Calvin dans son communicateur.

À l’instant où il prononçait ces mots, Ash rugit. Il sortit des buissons et se lança sur deux hyènes Therians. Elles l’attaquèrent, refermant leurs mâchoires sur son impressionnante crinière, ne trouvant rien d’autre à mordre que sa fourrure. Letty émergea de derrière les arbres, tirant des fléchettes tranquillisantes tous azimuts. Sloane apparut quelques secondes après elle, Dex sur ses talons. Celui-ci leva son arme et tira ; une autre mordit la poussière. Leurs coéquipiers félins regroupèrent les hyènes restantes pendant que Dex, Calvin et Letty s’approchaient avec leurs fusils prêts à faire feu.

— À terre ! ordonna Dex. Couchez-vous, maintenant !

Les hyènes obtempérèrent, se couchant sur le ventre, leurs oreilles aplaties. Sloane, Ash et Ethan encerclèrent leurs suspects qui sifflaient et grondaient, leurs crocs effilés découverts en guise d’avertissement pour ceux qui penseraient à faire quelque chose de stupide. Un faux mouvement et ils seraient transformés en pâté pour chat.

Dex appuya sur son communicateur.

— Sarge, la zone est sécurisée. Nous avons les Therians restants.

— Bien reçu, répondit Maddock. Theta Destructive amène son camion.

— Bien reçu.

Dex s’adressa aux coupables sans cesser de les tenir en joue.

— Vous pouvez monter dans le camion de votre propre chef ou y être transportés après avoir été tranquillisés. À vous de choisir. Tentez quelque chose de stupide et nos agents félins seront heureux de vous rappeler pourquoi il est dans votre intérêt de coopérer.

Le camion arriva et les agents de Theta Destructive en descendirent rapidement. Ils rassemblèrent les hyènes Therians inconscientes et les placèrent dans la cage. Celles qui n’avaient pas été tranquillisées grimpèrent la rampe à contrecœur et se rassemblèrent au fond du camion. Deux hésitèrent devant la cage, mais le rugissement d’Ethan les fit rapidement avancer. Une fois les derniers criminels sous les verrous, les portes se fermèrent, et le camion disparut.

— Dieu merci, c’est terminé, grogna Letty en grattant Ash derrière l’oreille.

Il plissa le nez et secoua la tête, de la neige tombant de sa crinière.

Ethan s’assit à côté de son coéquipier et lui poussa la jambe avec son museau. En rigolant, Calvin le gratta derrière l’oreille et sur la tête. N’étant pas satisfait d’une simple grattouille, Ethan geignit et frotta sa tête contre sa jambe.

— Ouais, d’accord, dit Calvin en riant.

Il s’accroupit et gratta Ethan sous le menton et de chaque côté de son visage, ébouriffant sa fourrure épaisse. Ethan ferma les yeux de contentement avant de cogner sa tête gentiment contre la sienne. Il souffla, puis poussa un faible gémissement, un de ceux dont Calvin était familier. Ethan avait été inquiet. C’était évident au vu des sons qu’il émettait et au fait qu’il frottait sa tête contre lui, comme si le toucher était le seul moyen de s’assurer qu’il allait bien.

— Je vais bien, Ethan. Promis.

— Tirons-nous d’ici, dit Letty en se dirigeant vers leur BearCat. Je meurs de faim.

Ash bondit et se précipita derrière elle. Il était clairement affamé lui aussi. Sloane s’élança derrière son ami, lui donnant un coup de patte joueur sur la croupe. Ash gronda et le pourchassa, tous les deux faisant des cabrioles dans la neige, sautant et s’envoyant rouler.

— On pourrait penser qu’ils seraient lassés d’avoir passé des heures dans la neige, dit Dex en secouant la tête, amusé.

Calvin fit un geste vers le bras de Dex, celui qui portait la marque de Sloane.

— Comment ça s’est passé ? Est-ce que ça a fonctionné ?

Bien qu’ils aient repris du service sur le terrain depuis un mois maintenant, cela avait été leur première intervention réellement dangereuse. Ils avaient tous été inquiets au sujet de Dex : il allait se retrouver parmi une bande de Therians sous leur forme animale, avec la marque de son amant Therian sur le bras. Avant qu’ils partent, Sparks l’avait appelé dans son bureau et lui avait donné un genre de manchon à porter sous son uniforme pour masquer son odeur. Elle l’avait averti que les effets ne dureraient que quelques heures et qu’il ferait donc mieux de faire ce qu’il avait à faire avant que ceux-ci ne s’estompent. C’était clairement de facture TIN, parce qu’il n’y avait rien de tel sur le marché qui puisse masquer une odeur Therian comme ça.

— Jusqu’à présent ça marche parfaitement. S’ils ont senti quelque chose sur moi, c’est l’odeur habituelle de Sloane. Dommage que cela n’ait pas une durée de vie plus longue. Quand même, je ne sais pas pourquoi il n’existe rien de ce type sur le marché.

— Je ne suis pas surpris, pour être honnête, admit Calvin. Le marquage est une affaire sérieuse. Même le mariage n’est pas permanent. Alors que ça, si, continua-t-il en pointant le bras de Dex.

Dex devint pensif et Calvin se demanda si Sloane et lui étaient conscients du genre d’engagement qu’ils avaient pris l’un envers l’autre. La majorité des Therians ignorait la portée de ces cicatrices. Les humains en savaient encore moins.

Dans l’ensemble, personne au travail n’avait défié Sloane, mais il fallait avouer que tout le monde le respectait au THIRDS – qu’on l’apprécie à titre personnel ou non – et personne n’était assez stupide pour l’affronter ; les jaguars Therians n’étaient pas de ceux à qui on cherchait des ennuis. Un bon nombre d’entre eux étaient grincheux, au mieux, sans se voir défié pour leur amant par-dessus le marché. Taylor avait un comportement un peu étrange près de Dex et il semblait faire de son mieux pour l’éviter, mais c’était davantage perçu comme une bénédiction déguisée plutôt qu’un sujet d’inquiétude. Avec ce nouveau bidule sur le bras de Dex, les choses reviendraient à la normale. Enfin, elles redeviendraient aussi normales que cela était possible dès que Dex était concerné.

Ce dernier se tourna vers Calvin avec un sourire malicieux. Oh oh. Il aurait dû savoir qu’il ne resterait pas tranquille longtemps.

— Est-ce que tu penses à ce que je pense ?

— Probablement pas, répondit Calvin en riant.

Il doutait que quiconque pense comme Dex.

Dex écarta les bras de chaque côté de son corps et se laissa tomber sur le dos, son corps compressant la neige sous le poids de son équipement. Calvin rit alors que Dex agitait les bras de haut en bas et ouvrait et refermait les jambes, déclarant joyeusement :

— Des anges de neige !

C’était officiel. Son ami était dingue.

— Rappelle-moi quel âge tu as ?

— Je suis assez vieux pour faire des anges de neige super. Viens.

Calvin haussa un sourcil.

— Tu veux que je me roule dans la neige avec trente-cinq kilos de matériel sur le dos ?

— Oui ! Personne ne regarde. Nous avons quelques minutes avant que quelqu’un se demande où nous sommes et vienne nous chercher.

Il n’arrivait pas croire qu’il y pensait sérieusement. Diable. Pourquoi pas ? Il s’approcha de Dex, se tourna, et écarta les bras avant de se laisser tomber en arrière dans les couches de neige épaisses. Tous les deux éclatèrent de rire comme deux écoliers, balayant la neige avec leurs membres. Il n’arrivait pas à se rappeler la dernière fois qu’il avait fait ça. En fait, si. C’était avec Ethan, à l’époque où ils étaient deux adolescents dégingandés et maladroits. Ils avaient fait des anges de neige dans un parking vide près de leurs anciens appartements. Ils s’étaient allongés en riant et avaient regardé les nuages passer. En parlant de son meilleur ami, Ethan sauta à côté de lui, sa queue tressautant avant qu’il se mette à rouler dans la neige.

— Mais qu’est-ce que vous fichez tous les trois ?

Merde. Calvin s’assit, sentant ses joues le brûler. Ethan bondit derrière lui pour se cacher. Comme si Maddock n’était pas capable de repérer son énorme arrière-train de tigre Therian derrière Calvin. Dex, d’un autre côté, ne fut pas dérouté par la mine renfrognée de leur sergent. Il sourit à Maddock.

— Des anges de neige.

— Laisse-moi reformuler ça. Pourquoi diable êtes-vous en train de faire des anges de neige ?

— Parce que c’est marrant. Tu te rappelles quand tu en faisais avec Cael et moi ?

Dex tourna la tête vers Calvin.

— Nous avons perdu mon frère dans la neige une fois. Sans mentir. Papa a dû l’excaver.

Calvin éclata de rire.

— Eh bien, quoi ?

— C’est vrai, grommela Maddock. Les garçons ont sauté dans cet énorme tas de neige dans le jardin une bonne centaine de fois, malgré mon interdiction. Dex s’est frayé un chemin sur le côté pour en sortir, mais Cael s’est perdu. Il était si petit et il portait sa grenouillère matelassée.

— Ça n’a pas aidé qu’elle soit blanche, déclara Dex.

Il s’assit en riant et secoua la tête à l’intention de son père.

— Ce n’était pas l’idée la plus brillante que nous ayons eue.

Maddock haussa les épaules.

— Hé, je lui avais dit, mais c’était celle-là qu’il voulait.

Dex éclata de rire.

— Il ressemblait à un marshmallow.

Calvin se leva en riant. Il aida son ami à faire de même et sourit en voyant Dex et Maddock partir en avant, se remémorant les pitreries d’enfance des frères. Calvin les suivit, tenant la queue d’Ethan alors que son partenaire marchait devant lui. Les félins détestaient qu’on s’accroche à leur queue, mais Calvin tenait celle d’Ethan depuis l’enfance. Cela avait été leur moyen de réconfort à l’époque où ils n’étaient que tous les deux.