La lettre Z

 

 

 

 

Prologue…

 

 

TOUT ÇA, c’est de la faute de Jared.

Je ne dis pas que je ne l’aime pas, hein. Comment ne pas l'aimer ? Il est super mignon. Il sourit tout le temps, il ne râle jamais. Putain, tout le monde l'adore. C'est le meilleur ami de Zach, probablement, et il est presque marié au mien, de meilleur ami. Alors il vaut mieux que je l'aime aussi, non ? Le truc, c'est qu'il est trop bien. Et je sais, surtout après ce qui s'est passé au Nouvel An, qu'il croit que moi non. Alors, comment ne pas avoir envie de lui foutre mon poing dans la gueule parfois ? Pas que je ne le ferais jamais. Déjà, Zach saurait pas quoi faire, mais Matt, oui. Et aussi con que je sois, je ne veux pas qu'il soit furax contre moi. Je ne suis peut-être pas une mauviette, mais je ne doute pas que Matt pourrait me botter le cul les yeux fermés. Alors quand Jared me sourit, j'y réponds direct et je la boucle.

N'empêche, je sais qu'il a un truc contre moi depuis le Nouvel An.

Je ferais mieux de commencer par ça...

 

 

 

 

… Angelo

 

 

MATT ET Jared ont organisé une soirée pour le Nouvel An. Ça a commencé quand Matt a dit qu'ils devaient continuer à participer à la vie de la communauté et maintenir une image positive. Mais ouais bien sûr. Jared n’était pas trop motivé, mais c'est là que Lizzy en a entendu parler, alors vous pouvez facilement deviner ce qui s'est passé après ça. Et bien sûr, si Matt et Jared font une soirée, il faut que Zach et moi on soit là aussi.

Il y a quelques flics et leurs femmes, tout un tas de profs, des amis de Lizzy et aussi de Brian. Dès qu'on passe la porte, Zach se met à râler.

— Qu'est-ce qui ne va pas ? je lui demande.

— Je déteste les soirées. Je ne connais personne, ici.

Je ne peux pas m'empêcher de rigoler.

— Qu'est-ce que tu racontes, Zach ? On connaît tout le monde.

— Mais non !

— Ce sont tous des clients.

— Ah bon ?

— Mais ouais.

— Qui c'est, elle ?

Il montre une dame de l'autre côté de la pièce.

— Susan Dahlinger. Elle travaille à la pâtisserie du supermarché. Elle aime les films d'action.

— Et elle ?

— Ann Farraday. Prof au lycée avec Jared. Elle aime les films étrangers. La seule de la ville à en louer, en plus.

— Et lui ?

— Frank Jacobsen. C'est le mécanicien du garage sur Fifth Street. Il aime aussi les films d'action, mais sa femme préfère les drames. La moitié du temps, ils trouvent un compromis en louant des comédies romantiques. Ils doivent se dire que comme ça, personne n'est content.

Quand je me tourne vers Zach, la façon dont il me regarde me fait sérieusement rougir. Comme si je venais d'une autre planète ou, je ne sais pas, comme si j'étais un ange, comme il dit, et qu'il est juste émerveillé.

— Comment tu arrives à faire ça ? me demande-t-il.

Je n’ai pas de réponse. Je fais juste attention, et pas lui.

Jared débarque et m'entraîne avec lui. Il s'est mis dans la tête que maintenant que je lis plus, je devrais participer à un club de lecture. Il me présente à quelques personnes : la prof d'anglais du lycée et une autre qui est infirmière. Je ne suis déjà pas convaincu par ce putain de club et il m'en trouve un où il n'y a que des bonnes femmes ? Parfois je me dis qu'il ne me comprend pas du tout. Et puis il y a des moments comme ça, où il le prouve.

Alors je suis là pendant que ces deux dames me parlent, et c'est là qu'il entre.

Je sais de suite que ce type n'est pas de Coda. Déjà, parce que je ne l’ai jamais vu dans le coin. Ensuite, parce qu'il est homo. Et je ne veux pas dire homo comme moi, Matt, Jared ou même Zach. Je veux dire homo avec H majuscule et rose pétant. Il est plus petit que Jared, mais plus grand que moi. Il est maigre avec des cheveux bruns. Il ne porte pas non plus le genre de fringues qu'on trouve beaucoup à Coda. Il est un peu habillé comme un punk rocker des années 80, sauf que c'est plus élégant. Comme la version friquée de Sid Vicious. Il a clairement de l'argent. Il est un peu efféminé. Et une dernière chose : il est grave sexy. Je le vois, et le premier truc auquel je pense, c'est combien j'ai envie de lui retirer ses fringues de gosse de riche.

Il entre et il parle à Jared, dans le genre il flirte avec lui comme un fou, et Jared n’y fait pas attention. Pas comme s'il le rembarre. Plus comme s'il a l'habitude de se faire draguer par ce type et qu'il ne le prend pas du tout au sérieux. Je me demande ce que Matt va penser de tout ça. Là-dessus, le type se retourne et me regarde.

Alors je ne crois pas du tout au coup de foudre amoureux. Mais au coup de foudre sexuel, ouais. Et c'est exactement ça. Un instant, il me regarde de haut en bas, et puis il sourit. Ce n’est pas n'importe quel sourire : c'est le genre de sourire qui invite. Je ne doute pas un instant qu'on pense tous les deux à la même chose.

Mais je suis avec Zach.

Tout ce truc de 'relation', c'est encore nouveau pour moi.

Ma première fois avec un gars, c'était juste avant que j'aie seize ans. Lui et moi on a passé quelques semaines à se faire jouir à peu près tous les soirs avant que sa mère nous surprenne. Je ne l’ai jamais revu après ça. Onze ans plus tard, j'ai rencontré Zach, et on est ensemble depuis quelques mois maintenant. Mais durant ces onze ans entre Bobby et Zach, je n’ai jamais eu de relations du tout. Tous les coups que j'ai tirés, et je ne vais pas mentir, il y en a eu un paquet, étaient rapides et sans intimité. Surtout des mecs rencontrés dans des boîtes de nuit. Deux fois quand j'étais plus jeune, même pas encore vingt ans, j'ai couché trois fois avec le même type. Mais il y a quelque chose au bout de cette troisième fois qui fait croire aux gens que tu vas commencer à discuter. Dans les deux cas, c'est à ce moment-là qu'ils se sont mis à vouloir savoir comment je m'appelle, d'où je viens. Tous ces trucs que je n’avais pas envie de partager. Alors après ça, j'avais une règle : pas plus de deux fois avec le même. Quelques années plus tard, j'ai décidé que même ça c'était trop.

Jusqu'à Zach, bien sûr.

Je sais qu’il y a le cul et qu’il y a l'amour et que si tu as du bol, il y a les deux. C'est comme ça avec Zach. Et ces derniers mois, j'ai appris combien c'est mieux. Alors jusqu'ici, je n’ai jamais eu de regret. Mais là d'un coup, j'ai envie de tirer un coup rapide et sans intimité, une dernière fois.

Le nouveau venu parle à Lizzy, maintenant, mais il ne me lâche jamais longtemps des yeux. Je le sens qui me regarde. Et à tort ou pas, savoir qu'il me mate cela m'excite. Plus je me dis de ne pas y penser, plus je me retrouve à le regarder.

Finalement, je cherche autour de moi et je tombe sur Zach. Il est dans la cuisine à discuter avec Matt et il ne me lâche pas des yeux. Je traverse le salon bondé vers lui. Matt s'en va avant que j'arrive. Je m'appuie sur le comptoir à côté de Zach, dos au type que j'essaie de ne pas remarquer.

— Tu t'amuses bien ? me demande-t-il.

Il y a quelque chose de bizarre dans la façon dont il le dit. Pas accusateur. Plus comme s'il se moque de moi. Quand je le regarde, il sourit.

— Ouais, je réponds.

— Qui c'est ?

— Qui ça ? je demande alors que je crois savoir.

Toujours avec cette sorte de sourire, il me jette un regard perçant et il dit :

— Le type avec qui tu flirtes.

Je me sens devenir écarlate. Je fixe le sol.

— Je ne sais pas.

— Il te regarde encore.

Il n’a pas l'air fâché ni jaloux. Il a surtout l'air de trouver tout ça marrant.

— Il est mignon.

— Si tu le dis, je réponds.

Mais je n’arrive pas à le regarder en face.

— Angelo, dit-il de cette voix signifiant que je fais l'idiot, tu crois que depuis le temps je ne sais pas reconnaître quand tu es excité ?

Là, je ne peux vraiment pas le regarder en face. Je me sens minuscule. Je suis embarrassé et j'ai honte. Je me sens coupable. J'aime Zach tellement fort. La dernière chose au monde que je veux, c'est le blesser.

Je suis sur le point de lui dire que je suis désolé quand d'un coup il déclare :

— Vas-y, Ang.

Quand je relève la tête, ses yeux sont sur moi.

— Quoi ? Je demande bêtement.

D'habitude, ce n’est pas moi qui ai du mal à suivre quand Zach et moi on parle, mais là je me sens carrément à l'ouest.

— Vas-y, répète-t-il en me souriant. Amuse-toi bien. Mais reviens-moi quand tu as fini.

Un instant, je reste là, complètement abasourdi. Est-ce qu’il dit bien ce que je crois ? Il est sérieux ? Ou bien c’est un genre de test ? Ce n’est pas le genre de Zach, mais je me pose quand même la question.

— Je ne peux pas, j’arrive enfin à répondre.

Ça a l’air de le surprendre. Il me regarde, de cette façon bien à lui, comme s’il cherche une réponse et que s’il me scrute assez, elle apparaîtra sur mon front ou je ne sais pas. Et peut-être que cette fois c’est le cas parce que soudain il a l’air de piger un truc.

— On ne peut pas en discuter ici, dit-il tout bas. Viens.

Il me prend la main et me traîne dans la maison jusque dans le jardin. Il fait froid, dehors il n’y a que quelques femmes qui fument sur la terrasse. On les dépasse, jusqu’à la table de pique-nique de Matt et Jared. Il s’assoit dessus pour se mettre à ma hauteur. J’ai du mal à le regarder dans les yeux

— Angelo ?

Il attend que je croise enfin son regard, puis il dit :

— Je sais que tu as envie de lui. Je sais qu’il a envie de toi. Alors, c’est quel est le problème ?

Là, j’ai vraiment l’impression que c’est un piège.

— Je suis avec toi, Zach.

Il m’attrape par un passant de la ceinture. Il m’attire vers lui.

— Ça ne me dérange pas.

J’y réfléchis un instant. On n’a jamais vraiment discuté d’exclusivité. J’ai juste cru qu’on l’était.

— T’es en train de me dire que ça ne te dérange pas si je couche avec d’autres types ?

— Non.

Il me regarde avec intensité, alors je sais que ce qu’il va dire ensuite, c’est important.

— Ce que je te dis, c’est qu’ici, ce soir, tu peux coucher avec lui.

— D’accord.

En fait, ça me soulage que ça ne va pas être une relation complètement ouverte. Mais pas à cent pour cent monogame non plus. Une zone floue entre les deux. Et c’est là que je comprends ce que ça peut vouloir dire.

— Je ne peux pas faire la même chose pour toi. Ce n’est peut-être pas juste, Zach, mais je ne te partage pas.

Il me sourit.

— Ça m’étonnerait que tu aies jamais à le faire.

— Tu ne seras pas jaloux ?

Je le vois y réfléchir un instant. Puis, au lieu de me répondre, il me pose une question :

— Est-ce qu’il pourrait se passer quelque chose avec lui qui ferait que tu me quitterais ?

Je n’ai même pas à y réfléchir.

— Non !

Je l’attrape et je l’embrasse violemment. Je passe les bras autour de son cou, je sens les siens autour de ma taille.

— Je ne te quitterais jamais !

— Mais tu as quand même envie de lui ?

Je n’ai pas à lui donner de réponses. Il la voit dans mon regard et la façon dont je rougis encore.

— Ce n’est rien, Ang’. Je ne peux pas t’empêcher de désirer des gens. Et encore moins empêcher les gens de te désirer. Je pourrais te ramener à la maison et canaliser toute cette énergie vers moi. Mais franchement, ajoute-t-il en haussant les épaules, je crois que tu sais comment séparer le sexe, de tes émotions.

Bien sûr que oui. Je l’ai fait pendant onze ans. Il m’enlace et m’embrasse.

— Laisse lui avoir cette petite part de toi, Ang. Tant que le reste m’appartient.

— Je t’appartiens entièrement.

C’est la vérité. Parce que même si je baise ce type, je n’ai pas l’intention de lui montrer qui je suis vraiment.

— T’es sûr ? Je demande à Zach.

Il sourit.

— Certain Ang.

Et puis il prend l’air tout sérieux.

— Vas-tu le ramener à la maison ?

— Pas question.

Je n’ai jamais ramené personne chez moi. Je ne vais certainement pas commencer maintenant.

— On reste ici.

— D’accord.

Il m’embrasse sur le front et se lève.

— Amuse-toi bien.

Je reste dans le jardin quelques minutes de plus, à me geler le cul et penser à Zach. J’espère vraiment qu’on le regrettera ni l’un ni l’autre.

Je retourne à l'intérieur et je repère le type tout de suite. C’est aussi assez clair qu’il me cherchait. Il me sourit encore, ce sourire que je sais être une invitation, et il indique le couloir. La chambre.

Cette fois, je réponds à son sourire.

Il m’attend au début du couloir et quand j’arrive, il me prend par la main et m’y entraîne. Jared sort de sa chambre au moment où l'on y arrive et il nous rentre presque dedans.

— Où est-ce que vous allez ? me demande-t-il en nous regardant tour à tour.

— Dans la chambre, répond le type avec qui je suis. Ça ne te gêne pas, n’est-ce pas, mon chou ?

C’est la première fois que je l’entends parler. Sa voix est légère et mélodieuse, un petit peu féminine. Il a le ton moqueur, presque rieur. Comme si le monde entier est une blague et il est le seul à la comprendre.

— Qu’est-ce que vous avez l’intention de faire quand vous y serez ? demande Jared.

Le type rigole.

— Mon chou, tu es tellement adorable quand tu fais l’idiot.

Il me tient toujours la main, mais il passe son bras libre autour de la taille de Jared et se presse contre lui.

— Et si tu venais aussi ?

Jared l’ignore, comme il l’a fait des millions de fois. Ses joues s’empourprent et il me regarde dans les yeux.

— Et Zach ?

— Quoi, Zach ? je demande.

Pas parce que je ne sais pas ce qu’il veut dire, mais parce que ça m’énerve qu’il croie qu’il doit s’en mêler.

— As-tu pensé à ce qu’il se passera s’il l’apprend ?

— Il le sait déjà.

— Il le sait.

— Mais ouais. Il est dans la cuisine. Va lui demander si tu ne me crois pas.

— Tu ne devrais pas…

Mais le type le coupe.

— Mon chou, tu sais combien j’adore quand tu fais ton provincial, mais franchement. Nous sommes tous des adultes consentants.

Il dépasse Jared et entre dans la chambre, m’entraînant avec lui. Je ferme la porte, je m’appuie contre le battant et il se rapproche de moi.

— J’ai cru que tu allais me faire attendre toute la nuit, dit-il en me souriant.

Je ne peux pas m’empêcher d’y répondre.

— Moi aussi.

— Je ne veux pas te poser de problème avec ton petit ami. Disais-tu la vérité à Jared ?

— Je ne mens pas. Il a dit d’accord.

Son sourire se fait un peu plus sexy.

— Parfait.

Il s’appuie sur moi et m’embrasse sur la mâchoire. Sa langue passe sur mon oreille. Mon pouls s’accélère et je suis déjà presque complètement dur. Je pense à ce que je veux lui faire. Mais il murmure à mon oreille :

— Est-ce qu’il aimerait nous rejoindre ?

Juste quelques mots, mais, pour moi c’est comme une gifle. Je sais pas trop quoi en penser. Peut-être que ce serait mieux. Mais là, j’imagine Zach toucher un autre homme et je sais que je n’y arriverais pas. Il n’est peut-être pas du genre jaloux, mais moi, oui. Je le repousse juste un peu pour qu’il voie mon visage.

— Tu ne peux pas avoir Zach !

J’ai l’air plus fâché que je le voulais.

Il me fait juste un grand sourire.

— Je ne le désire pas, mon chou. Je proposais pour toi.

Il se penche pour m’embrasser. Je m’écarte sans même y penser. C’est exactement comme dans les boîtes de nuit. Mêmes règles. Ne pas les laisser m’embrasser. Ne jamais les laisser me baiser. Il a l’air un peu surpris, mais n’insiste pas. Il me prend la main et m’entraîne jusqu’au lit. Il ouvre le tiroir de la table de chevet. Pas celle du dessus, comme je l’aurais fait si je cherchais du lubrifiant. Il va direct au second et sort un tube, fouille un peu plus au fond et ressort avec quelques préservatifs.

— Tu as couché avec Jared, je dis, surpris.

Il me sourit par-dessus son épaule.

— De nombreuses fois, mon chou.

Là, tout se met en place et je me rends compte à quel point je suis con de ne pas l’avoir compris plus tôt.

— C’est toi, Cole.

— Eh bien ! lance-t-il d’un air séducteur, battant des cils avec un sourire malicieux. Ma réputation me précède.

Il y a quelque chose d’un peu moqueur dans sa flamboyance. Je ne peux m’empêcher de sourire.

— Qu’est-ce que tu fais ici ?

Il pose une main sur ma hanche. Mon cœur s’emballe rien qu’à ce petit contact.

— Je suis dans le Colorado pour le week-end. Je n’avais pas parlé à Jared depuis l’année dernière, alors j’ai décidé d’appeler, au cas où.

— Au cas où Matt et lui auraient rompu ?

— On ne peut pas me reprocher d’avoir essayé, n’est-ce pas, mon chou ? Jared m’a quand même invité à la soirée. Je me suis dit que peut-être son grand flic grognon et lui seraient partants pour un plan à trois.

J’éclate presque de rire à cette idée, celle de Matt laissant quiconque toucher Jared.

— Jamais de la vie.

— Oh, tant pis, dit-il en se rapprochant de moi. Tu es là, moi aussi…

Il passe les bras autour de moi et m’embrasse dans le cou.

— J’espère que Jared ne t’a rien dit qui te ferait changer d’avis maintenant, me murmure-t-il, ses lèvres frôlant mon oreille.

Je secoue la tête.

— Ce n’est pas Jared qui m’a parlé de toi. C’est Matt.

Il s’écarte pour me regarder et ses yeux pétillent un peu.

— Je suis sûr que cela a dû être une conversation intéressante.

— Il m’a dit qu’il t’avait choppé avec Jared, avant qu’ils se mettent ensemble.

Il sourit seulement.

— Franchement, dis comme ça, cela fait tellement mauvais genre. Lorsque Matt est arrivé, nous avions remis nos vêtements et tout.

Il retire mon tee-shirt et se presse contre moi.

— Dis-moi, mon chou, est-ce qu’on va discuter toute la nuit ?

— Je n’espère pas.

Il se marre.

Il glisse les mains dans mon dos, puis autour de ma ceinture.

— Je ne fais pas le passif, je dis.

C’est probablement un peu brutal, mais autant le dire maintenant.

— Ce n’est pas un problème, mon chou, répond-il, puis il m’embrasse à nouveau la mâchoire.

Je passe les bras autour de lui, sous son tee-shirt. Il a la peau douce et lisse sous mes doigts. Il déboutonne mon pantalon et une main glisse le long de mon ventre, dans mon boxer. Avec un gémissement, il me mordille le cou tandis que je donne un coup de hanches dans sa main. Il a les doigts tendres, il explore avec douceur, descend le long de ma verge

La conversation est officiellement terminée. À l’exception de Zach, je n’ai jamais autant désiré quelqu’un depuis longtemps. Je retire son tee-shirt et je le pousse brutalement sur le lit. Il lève les yeux avec surprise, je vois bien que ça lui plaît que je sois un peu plus agressif. Je grimpe sur lui. Je n’arrive pas à décider par où commencer. Il est plus maigre que Zach, autant que moi. Nos corps sont presque identiques, en fait. On pourrait être frères. Sa peau est magnifique, juste un peu plus claire que la mienne, et il a le torse complètement imberbe. Je passe les mains sur ses flancs et sur son ventre souple. Il enroule les jambes autour de mes hanches et se presse contre moi. Je referme la bouche autour d’un de ses tétons. Il gémit et plonge les doigts dans mes cheveux. Pour le moment, ça va.

On se frotte l’un contre l’autre tandis que j’excite un premier téton, puis le second. Il fait mine de me toucher à nouveau le sexe, mais j’écarte ses mains et lui plaque les bras au matelas. Clairement, il aime ça. Il ferme les yeux, gémit et se cambre contre moi.

Je descends plus bas et je déboutonne son pantalon, il soulève les hanches afin que je puisse le descendre. Je suis surpris de découvrir qu’il n’a pas de poils pubiens. Il s’est complètement rasé. Je n’ai jamais été avec quelqu’un comme ça avant et c’est grave sexy. Il a même une odeur différente des autres types. Pas musqué. Quelque chose de plus doux et propre. Putain, c’est chaud ! Je passe un long moment à faire courir mes doigts et ma langue sur cette peau lisse. J’aime particulièrement aspirer ses bourses imberbes. Il respire bruyamment, gémit doucement, les doigts dans mes cheveux. J’écarte ses mains.

— Ne me touche pas la tête pendant que je fais ça.

— Très bien, mon chou.

Il met les mains sur mes épaules.

Je fais le tour de son gland de la langue avant de descendre le long de sa queue, jusqu’au bout. Il a le souffle coupé. Il agrippe les draps, il se cambre vers moi. Un instant, j’ai l’impression qu’il va déjà jouir. Mais là il lâche dans un souffle :

— Oh, mon Dieu, tu es doué !

Il ne dit plus rien après ça, mais heureusement qu’il y a de la musique dans l’autre pièce, parce qu’il n’est pas non plus vraiment silencieux.

Je ne vais même pas essayer de deviner combien de pipes j’ai taillées tout ce temps, mais je suis presque sûr que je n’en ai jamais donné une pareille. Je suis partout à la fois. Je lui agrippe les fesses, pour l’aider à s’enfoncer plus profondément dans ma bouche. Je fais aller et venir mes doigts dans sa raie. Je suis tellement excité que je ne suis même pas sûr qu’il aura besoin de me toucher. Je pourrais facilement jouir rien qu’à me frotter contre le lit en le suçant. Et je le ferais, si je n’avais pas encore mon pantalon.

Je sens enfin ses muscles se tendre et il gémit :

— Attention, mon chou !

Ça me fait littéralement rigoler, ce qui n’est pas facile avec la queue d’un type à moitié enfoncée dans ta gorge. Il crie en jouissant et je le laisse bien au fond de ma bouche jusqu’à la fin.

Après, je remonte pour le regarder dans les yeux. Il a les paupières mi-closes et il me sourit paresseusement.

— Et maintenant, je peux t’embrasser ?

— Non.

Il hausse légèrement les épaules. Il passe les doigts le long de mon torse, dans mon pantalon, et enroule les doigts autour de ma verge.

— Tu veux la même chose ? me demande-t-il tout bas.

Sa prise se raffermit.

— Ou préfèrerais-tu me baiser ?

La seule idée de le mettre à genoux devant moi me coupe le souffle. Mon érection saute un peu dans sa main. Il me sourit.

— J’espérais que tu répondrais ça.

Je me redresse pour qu’il se débarrasse complètement de son pantalon. Je ne retire pas le mien. Je le descends juste assez pour qu’il ne me gêne pas. J’enfile un préservatif et je mets du lubrifiant. Il se met à quatre pattes et me regarde par-dessus son épaule.

Je dois avouer que là, je perds complètement la boule. Je fais que regarder son cul, juste en face de moi, comme une offrande. J’ai peur de le toucher. Je sais que je vais perdre le contrôle.

— Qu’est-ce que tu attends ?

J’ai la bouche sèche et j’essaie de me lécher les lèvres.

— Je ne suis pas sûr de pouvoir être doux.

On ne dirait même pas ma voix. Je n’arrive pas à croire que j’aie à ce point envie de lui.

— Pas besoin, mon chou.

Il y a du rire dans sa voix. Il me fait un clin d’œil.

— Je ne suis pas aussi fragile que j’en ai l’air.

Il agite les fesses d’un air provocateur. J’attrape ses hanches, je pousse contre lui. Ce premier moment où je franchis son entrée me défait presque. Il s’appuie contre moi, s’enfonçant jusqu’au bout. Je m’arrête là, enfoui en lui jusqu’à la garde, savourant simplement la pression autour de ma verge.

— Vas-y ! me siffle-t-il.

Le reste de mon sang-froid s’envole en fumée. Avant de comprendre, je le prends vite et brutalement, et il se donne autant. Il respire vite. Notre peau claque et le lit craque et je m’en fous si le monde entier sait ce qu’il se passe à cet instant. Je sais qu’il aura mal demain et qu’il aura probablement des bleus sur les hanches où je le tiens, mais je ne peux rien faire pour m’arrêter. Il y a quelque chose chez lui qui me rend dingue. Je pense à ce que j’ai ressenti à lui tailler une pipe. Toute cette peau lisse et glabre, et son odeur, c’est bon. Je lâche, je le serre fort contre moi pendant que je jouis.

Quand j’ai fini, il s’écarte. Il se laisse retomber sur le dos et me sourit. Je m'allonge près de lui, sans le toucher et on essaye tous les deux de respirer à nouveau normalement.

Après un instant, il dit :

— Je ne connais toujours pas ton nom.

Bien sûr, l’une de mes règles est de ne jamais le leur donner, mais là bizarrement, c’est différent.

— Angelo.

— Angelo.

Il soupire.

— Je ferais mieux de sortir de là. Le grand méchant petit ami de Jared va m’arracher les jambes s’il me trouve dans son lit. Peu importe avec qui je suis.

J’ai comme l’impression qu’il a raison. Et je ne veux pas penser à ce que Matt me dirait. Je me lève, lui tends la main et l’aide à se relever. On s’habille en silence. Je le suis à la porte. Il commence à l’ouvrir, puis la referme soudain et se tourne vers moi.

— Elle a disparu, non ? dit-il avec surprise.

— De quoi ?

— Toute cette tension. Je n’avais pas désiré quelqu’un comme ça depuis longtemps. Mais maintenant…

Il haussa les épaules.

— C’est fini.

Il a raison. Quoi que j’aie ressenti avec lui, ça disparaît déjà, comme une allumette qui s’enflamme violemment d’abord, mais s’éteint bien trop tôt. Maintenant, on dirait n’importe quel autre type. Comme si l'on pouvait traîner ensemble indéfiniment et plus jamais baiser.

— On dirait bien.

Il sourit un peu.

— Ton petit ami doit être quelqu’un de très intelligent.

Il posa la main sur mon bras.

— Prends soin de toi, Angelo.

Puis il s’en va. Il retourne à la soirée. Je le vois rejoindre Jared, qui regarde vers moi, l’air de vouloir me mettre son poing dans la gueule.

Je m’en fous. Je n’ai pas à m’inquiéter de ce qu’il pense.

Je vois Zach dès que je rentre dans la cuisine. Appuyé contre l’évier, il parle avec Lizzy. Son regard se pose sur moi dès que j’entre. Il est curieux, rien de plus. Pas fâché. Pas jaloux. Pas triste. Tant mieux, parce que je peux plus revenir en arrière et je ne sais pas ce que j’aurais fait s’il avait flippé maintenant.

Je prends un soda dans le frigo et je le bois à moitié d’un coup. Je refuse de le rejoindre avec le goût de Cole sur la langue. Puis je me tourne vers lui et il me sourit.

Je le rejoins et je m’appuie contre lui. Son corps est si sécurisant et familier. Je passe les mains sur son torse, l’embrasse sur la mâchoire. Il tremble un peu, puis se détend et passe les bras autour de moi. Désormais, je ne veux que lui. Je ne sais pas si ça a un sens, mais à cet instant précis, j’ai plus envie de lui que jamais. Si on était seul, je serais déjà en train de le déshabiller.

Je l’enlace à la taille et je dois me mettre sur la pointe des pieds pour murmurer à son oreille :

— Comment es-tu devenu si intelligent ?

Il rit.

— Je ne sais pas si c’est vrai. Jared a passé vingt minutes à me dire combien j’étais bête.

Je le regarde droit dans les yeux.

— Il a tort.

— Tu crois ?

Je hoche la tête.

— Je le sais.

Il me sourit et je commence à promener les mains sur lui. Il y a beaucoup de gens ici qui peut nous voir, mais je m’en fiche. Je mets une main à l’arrière de sa tête et le tire vers moi pour l’embrasser. J’adore la façon dont sa langue passe sur ma lèvre inférieure et la façon dont l’une de ses mains remonte jusqu’à ma nuque. J’adore que ce soit familier. Je sais qu’il va le faire, mais ça m’excite chaque fois. Comme il se doit.

— Zach, je dis tandis que ses lèvres sont toujours contre les miennes. Ramène-moi à la maison.

Il s’écarte juste un peu et maintenant il a l’air inquiet.

— C’est parce que tu te sens coupable ? demande-t-il tout bas.

Je secoue la tête.

— Non.

Et c’est vrai. Peut-être que je devrais, mais ce n’est pas le cas. J’inspire profondément, je me force à le regarder dans les yeux et je le dis. D’habitude, les mots se coincent dans ma gorge, mais ce soir, c’est plus facile que jamais.

— Parce que je t’aime, Zach.

L’éclat et le bonheur dans son regard n’ont pas de prix.

— Je ne peux même pas te dire à quel point.

Je l’embrasse encore.

— Ramène-moi et je vais te le montrer à la place.

Il me sourit.

— D’accord.

J’avais peur que le retour à la maison soit bizarre, mais non. Quand on arrive, je l’entraîne dans la chambre. On se déshabille, je l’enlace et je dis :

— Fais-moi l’amour, Zach.

Il sourit.

— Tout ce que tu veux, mon ange.

Il me repousse sur le lit. On prend notre temps. Il me touche partout, m’embrasse sur le ventre, le torse, dans le cou. Puis il passe la main dans mon dos, sur mes fesses, ses doigts pressent contre mon anneau.

Et soudain, il s’arrête. Il se retire et me regarde avec surprise.

— Tu n’as pas… ?

Il laisse la question en suspens, mais je sais ce qu’il demande. Je suis toujours passif avec Zach, non pas parce qu’il s’y attend, mais parce qu’avec lui c’est ce que je préfère. C’est le truc le plus intime au monde. C’est là que je me sens le plus proche de lui. Ça ne me surprend pas qu’il croie que j’ai fait la même chose avec Cole.

— Tu es le seul depuis longtemps, Zach. Presque cinq ans.

Je lui fais baisser la tête et je l’embrasse, les bras serrés autour de son cou. Je passe la langue sur ses lèvres.

— Ça aussi, Zach, je dis avec les lèvres toujours sur les siennes. Seulement toi.

Et je vois dans ses yeux que ça le touche énormément. Il me prend la main et m’embrasse la paume.

— Je t’aime tellement, Angelo.

— Et ça surtout, Zach. Seulement toi. À jamais.

— Je sais.

— Tout va bien, hein ? Entre nous ?

Il me sourit.

— Angelo, tout est parfait.

Et puis il le prouve.

 

 

 

 

Paris de A à Z

 

 

 

 

Prologue… Zach…

 

 

LA BOÎTE de nuit était glauque et mal éclairée. Au bar, le vinyle des tabourets était déchiré, les tables sales. Malgré toutes les années écoulées depuis que l’interdiction de fumer était entrée en vigueur à Denver, l’air était enfumé. Je me demandai s’il était resté prisonnier tout ce temps, dans la poussière et les phéromones. Cela donnait à ce lieu une atmosphère dangereuse.

Le simple fait de passer la porte suffit à accélérer le battement de mon cœur et à me donner une érection.

Angelo n’aurait pas choisi un tel endroit. Il préférait quand il y avait du bruit et de l’énergie. Des boîtes de nuit où il pouvait danser, flirter, voir ce qui se trouvait dans les yeux d’un homme avant qu’il se rapproche trop. Où l’épais eye-liner noir qu’il portait à ma demande ne le différenciait pas des autres.

Ce bar sortait tout droit de mon passé. Je l’avais choisi, non parce que je m’attendais à y voir quelqu’un que je connaissais, mais parce que je savais qu’ici, la plupart des hommes n’avaient qu’un objectif. Angelo entra avant moi, un agneau s’offrant de sa propre volonté à la boucherie. Je soupçonnais qu’il devait mourir d’envie de faire demi-tour, mais il savait donner le change. Alors qu’une douzaine de regards se braquaient sur nous, j’étais certain que personne n’avait perçu sa demi-seconde d’hésitation. Personne ne se posa de questions lorsqu’il se dirigea directement vers le bar, commanda deux shots de tequila qu’il enchaîna sans respirer. Mais après deux ans avec lui, je le connaissais bien. Il était stressé.

— Je ne t’aurais jamais imaginé dans un endroit pareil, dit-il en se retournant et en observant les autres clients.

— Je venais là avant que Jonathan me quitte.

Jon était parti en grande partie à cause de ce bar et de ce que j’y faisais avec les hommes qui s’y trouvaient. Après coup, je pouvais reconnaître que c’était à moitié ce que je cherchais. J’avais été trop lâche pour rompre moi-même. Cela avait été plus facile d’aligner les dominos et de le laisser les renverser.

Angelo me jeta un regard de côté, sur ses gardes.

— Tu venais avec lui ?

Je savais ce qu’il demandait vraiment : est-ce que j’avais le même jeu avec lui ?

— Non.

Je me rapprochai pour l’enlacer. Il ne se tourna pas vers moi, il pencha simplement la tête afin que je presse les lèvres contre son oreille. Je dus d’abord écarter ses épais cheveux noirs. Ils avaient encore poussé, pendant devant ses yeux comme la première fois que je l’avais rencontré.

— Je n’ai jamais rien fait de tel avec lui.

Pour dire vrai, ça ne m’était jamais venu à l’esprit. Je n’avais appris que récemment que j’étais un voyeur.

Au Nouvel An, deux ans plus tôt, j’avais regardé Cole et Angelo flirter à l’autre bout du salon de Jared et Matt. Un autre homme que moi aurait été jaloux, je le savais. Cole n’était pas une menace. Ce qu’il y avait entre Angelo et moi était plus profond que le sexe. C’était un ange qui n’atterrissait qu’à ma demande. Le laisser voler un peu tout seul n’y changeait rien.

Je les imaginai soudain tous les deux. Je me sentis durcir.

Jared croyait que c’était Angelo qui avait demandé à coucher avec Cole et que j’avais cédé, mais non. C’était moi qui l’avais proposé. Dire à Angelo qu’il pouvait avait été facile. C’était l’attendre dans la cuisine qui avait été difficile. Je n’avais pas regretté de l’avoir laissé faire, mais de ne pas avoir demandé à être dans la pièce. Me demander ce qu’ils faisaient ensemble avait été à la fois une torture et très excitant. Lorsque j’avais appris, plus tard dans la soirée, qu’Angelo me réservait encore certaines choses, j’ai su que j’avais eu raison. C’était bien la preuve qu’il était à moi là où ça comptait. Et puis, ce n’était qu’un coup d’un soir. Après ça, je l’avais complètement oublié, et j’étais certain que c’était pareil pour Ang’. Ça n’avait eu aucune conséquence sur notre relation.

Le voyage à Las Vegas avait tout changé. La première soirée en boîte de nuit avait été l’idée d’Angelo. Et quand il avait dit qu’il voulait danser – et j’avais su dès qu’il l’avait dit qu’il parlait de plus que de bouger au rythme de la musique – cela avait éveillé en moi les mêmes émotions que lorsque je les avais regardés, Cole et lui, de l’autre côté de la pièce. Je pouvais le laisser s’envoler. Je savais qu’il me revenait toujours. Alors j’étais resté là, à côté de mon ex, à admirer Angelo danser. Jon parlait, mais j’entendais à peine ce qu’il racontait. Je ne voyais qu’Angelo. Cela avait été une révélation. Il était beau, sauvage et complètement désinhibé. Tant d’hommes le désiraient et même s’il les encourageait en quelque sorte, il gardait toujours le contrôle.

Bien sûr, la soirée s’était mal terminée, mais pas à cause de ça. Je m’étais réveillé seul le lendemain matin, il n’y avait qu’un mot sur le lit me disant qu’il reviendrait. Tout aussi fâché que j’étais à cause de ce qu’il avait dit la veille, j’avais compris de plus en plus que ce que je désirais plus que tout, c’était retourner à la boîte de nuit. Le regarder avec ces hommes.

Ce second soir avait été mon idée, rien que la mienne. Jared et Matt avaient dû croire que c’était celle d’Angelo, mais ils avaient tort.

Ce n’était pas seulement le regarder draguer. C’était plus une question de contrôle. Avant moi, Angelo avait toujours dû prendre le dessus de ses rencontres sexuelles. Qu’il soit avec moi, qu’il me laisse les rênes et suive sans hésiter était ce qui le faisait mien.

Alors je l’avais regardé danser et l’excitation était montée au fur et à mesure de la soirée. Je l’avais regardé contrôler chacune de ses interactions. Puis je l’avais entraîné dans les toilettes et il avait relâché ce contrôle pour moi. Il m’avait laissé faire quelque chose que jamais il n’autoriserait à quelqu’un d’autre.

Et même à cet instant, plus d’un an et demi plus tard, l’idée de cette soirée m’excitait plus que de raison.

Ce voyage avait changé quelque chose. Il me faisait plus confiance. Cet élan de panique que je voyais parfois dans ses yeux disparaissait. Et de plus en plus, il venait dormir dans mon lit plutôt que dans sa propre chambre.

Six mois plus tard, alors que je le regardais s’habiller un matin, j’avais proposé que nous retournions en boîte. J’y pensais beaucoup, et j’avais été surpris de son hésitation.

— C’est ce que tu veux ? avait-il demandé.

— Ça avait eu l’air de te faire du bien.

Il n’avait pas eu besoin de demander ce que je voulais dire par là, ce qui prouvait bien que j’avais raison.

— Si être avec d’autres hommes de temps en temps…

— Non !

Il était remonté sur le lit, s’était assis à califourchon sur moi et m’avait regardé dans les yeux.

— Tu ne comprends pas, Zach. Ce n’était pas danser avec ces mecs qui m’a fait du bien.

— Ah ?

— Non, avait-il dit en secouant la tête. C’était que tu le veuilles. C’était quelque chose que je pouvais faire pour toi.

À tort ou à raison, cela ne m’avait donné que plus envie.

— Alors tu ne veux pas recommencer ? avais-je demandé en essayant de ne pas montrer ma déception.

Il m’avait adressé son sourire en coin caractéristique. Il avait dû se dire que j’étais un peu bouché.

— Je ferais tout ce que tu veux, Zack. Mais ne crois pas que toi, tu doives le faire pour moi. Si tu le demandes, je ne toucherai plus jamais un autre homme de ma vie.

— Et si ce n’est pas du tout ce que je demande ?

Son sourire s’était agrandi, plus malicieux.

— Alors, ça aussi je le ferai.

Et aujourd’hui, un an plus tard, nous étions là parce que j’avais enfin reconnu que je voulais le regarder faire beaucoup plus que danser avec un autre homme.

Angelo commanda une bière. Je m’assis sur le tabouret à côté de lui. Ils venaient toujours à lui. Le premier était grand, du type bear, en jean et bottes de motard, portant une veste en cuir sur son torse nu. Angelo jouait les durs, mais je savais que les hommes baraqués le faisaient flipper. Jamais il ne laisserait un type de ce genre le toucher. Le deuxième n’était pas mal – au moins dix ans de plus que moi. Ça aurait pu marcher, mais il voulait qu’on aille à un motel et Angelo refusait. Mais comme on dit, le troisième fut le bon.

Il était jeune. Je n’aurais pas cru qu’il avait vingt et un ans, sauf qu’il n’aurait pas pu rentrer dans le bar sinon. Il avait les cheveux en brosse, blonds, un tatouage qui dépassait du col de son tee-shirt et un jean déchiré avec une chaîne qui pendait à sa taille et disparaissait dans sa poche. Il avait un look punk, ce qui me fit sourire. C’était ce que j’avais pensé d’Angelo autrefois.

Angelo glissa le doigt dans la ceinture du gamin et l’attira vers lui. Ce dernier avait déjà les mains sur Angelo, d’abord sur les hanches, puis sous son tee-shirt. Angelo ne répondit pas à son geste, lui parla à l’oreille, trop bas pour que j’entende. Mais le gamin hocha la tête. Angelo me sourit.

— Où est la porte de derrière ? demanda-t-il.

Il n’était même pas surpris que je connaisse le chemin.

Il faisait chaud pour une fin novembre dans le Colorado, ce qui était une chance. Il y avait déjà deux types dans la ruelle. Elle était plongée dans l’ombre, mais je devinais que l’un d’entre eux était contre le mur, agrippé à la tête de l’autre agenouillé devant lui. Je choisis délibérément un endroit légèrement illuminé par les lampadaires au fond de la ruelle. Je poussai Angelo contre le mur et il m’attira vers lui.

— C’est vraiment ce que tu veux ? demanda-t-il.

— Tu ne veux pas ?

— Je ferai ce que tu veux, Zach, mais je ne peux pas revenir en arrière après. Il faut que tu sois certain.

Ces mots étaient comme un aphrodisiaque pour moi. Je gémis et me pressai contre lui.

— J’en suis certain.

Cet ange m’appartenait. Personne ne le connaîtrait comme moi. Ils le désiraient peut-être tous, mais je m’en fichais. Tout ce qui lui importait, c’était mon plaisir. Et à cet instant, je n’avais qu’une envie, c’était de le voir jouir.

— Je t’aime, lui dis-je.

— Tu as une façon vraiment bizarre de le montrer.

Mais au rire dans sa voix, je savais qu’il me taquinait.

Je me tournai vers le punk. Il n’était pas loin, à nous regarder, le souffle court.

— Je m’occupe de vous deux si vous voulez, dit-il d’une voix rauque d’excitation.

Je l’attrapai par le tee-shirt et le tournai vers Angelo.

— Tu ne touches que lui.

Angelo appuya sur les épaules du gamin qui s’agenouilla bien volontiers, gémissant avec impatience. Je tendis les bras au-dessus de sa tête afin défaire le pantalon d’Angelo. J’entendis une fermeture éclair et un gémissement. Le gamin avait ouvert son pantalon et se masturbait, les yeux écarquillés, en me regardant révéler l’érection d’Angelo. Je me penchai par-dessus le gamin et embrassai Angelo une dernière fois, le masturbant un peu avant de le lâcher.

Je reculai d’un pas afin de donner au gamin la place nécessaire, et pour mieux voir. Il referma sa main libre autour de la verge d’Angelo qui l’empoigna par les cheveux et le poussa vers son érection. Angelo croisa mon regard et me sourit. Puis il haleta et je sus à son expression que le punk avait commencé. Il écarta les lèvres avec sensualité et renversa la tête contre le mur. Je regardai en guettant le bruit de sa respiration. Je la connaissais si bien, désormais, combien elle était forte au début, mais aussi plus lente, comme s’il voulait gémir, mais ne se rappelait pas comment. Puis elle s’accélérait à l’approche de l’orgasme, puis il haletait, gémissait presque, sans pour autant faire de bruit. Et enfin, il inspirait et retenait son souffle en jouissant, jusqu’à parfois oublier de respirer pendant si longtemps que je me demandais comment il restait conscient.

Il était perdu dans son plaisir, là, flottant sur une vague d’énergie sexuelle. J’aimais regarder son visage, la façon dont ses longs doigts s’emmêlaient dans les cheveux blonds du gamin. J’aimais la façon dont le bras du punk accélérait alors qu’il se masturbait au même rythme que le va-et-vient de sa tête près de l’aine d’Angelo. J’étais incroyablement excité, presque douloureusement, et j’essayais de décider si je pouvais attendre notre retour à la voiture, ou si je voulais me toucher en regardant. Angelo me coupa dans mes réflexions.

— Zach, dit-il d’une voix rauque.

Je croisai son regard à moitié caché par ses paupières mi-closes.

— Viens là.

Je me rapprochai. Je me penchai maladroitement par-dessus le gamin aux pieds d’Angelo et l’entendit gémir lorsque je m’appuyai contre son dos. Angelo défaisait déjà mon pantalon. Il passa un bras autour de mon cou et m’embrassa. Il glissa l’autre main dans mon boxer et enroula les doigts autour de ma verge. Il n’eut besoin que d’une caresse…

Le monde cessa d’exister. Je ne remarquai même pas le moment où Angelo retint son souffle. Je ne savais pas du tout si le gamin avait joui lui aussi. La délivrance était presque aussi forte que dans ces toilettes à Las Vegas, si longtemps auparavant. Et ce n’était rien que la main d’Angelo.

Le gamin s’écarta de nous et je serrai Angelo contre moi. Nous tremblions tous les deux, le souffle court.

— Tu es un peu pervers, hein, Zach ? s’amusa-t-il.

— Tu peux toujours dire non.

— Je sais, dit-il. C’est pour ça que je dis oui.

 

 

IL DORMIT sur le chemin du retour. Une fois à Coda, il me suivit dans mon lit. Il m’enlaça et me murmura dans le noir :

— À mon tour, Zach.

J’adorais le regarder, mais au bout du compte, pour lui, on en revenait toujours là : pas à un coup excitant, mais à ce que je lui fasse l’amour, lentement et passionnément. C’était ce qu’il n’avait jamais eu avant moi. C’était ce dont il avait le plus besoin. J’étais toujours heureux de le lui accorder.

Je l’embrassai, savourant sa peau contre la mienne, ses bras autour de moi. Je l’aimais tellement et pourtant, j’avais encore souvent l’impression de marcher sur des œufs avec lui. J’avais si peur de le perdre. Ce que je désirais plus que tout, c’était l’épouser, mais je ne lui en avais jamais parlé. J’y avais songé de nombreuses fois, mais chaque fois, je me souvenais de ce jour dans une chambre de motel à Coda, deux ans et demi plus tôt, lorsque le seul fait de lui proposer de vivre ensemble lui avait provoqué une attaque de panique. Je ne voulais pas qu’il revive ça. Alors j’attendais, je l’aimais, en espérant qu’un jour il serait à moi pour de vrai.

Ce soir-là, en tout cas, il l’était. Nous nous prouvâmes encore une fois que nous étions faits l’un pour l’autre.