I

 

 

LE CŒUR de Jim bondit avec le son perçant du réveil. Il abattit sa main sur le clavier de l’ordinateur et frotta le bout de sa chaussette le long de sa belle érection. Jetant un coup d’œil vers le lit derrière lui, il vit Peggy tirer la couverture sur ses oreilles. Au moins, elle dormait face au mur. Bon sang, qu’est-ce qu’il voulait jouir ! Il regarda avec envie les yeux de biche et les belles lèvres pleines enroulées autour du sexe en érection du type sur son écran d’ordinateur..

— Jimmy, qui a allumé l’alarme ?

— Désolé.

Il arrêta la vidéo, ferma son ordinateur portable et bondit vers le réveil criard. Oh, grave erreur. Il retomba sur sa chaise et se prit la tête entre les mains en espérant qu’elle arrêterait de tourner. Voilà qui calma rapidement ses ardeurs.

— T’es fou, ou quoi ? lança-t-elle d’une voix étouffée.

— Je dois aller bosser.

Un coup sur la touche rappel finit par faire céder l’alarme, et il soupira de soulagement.

— Impossible, reprit-elle d’une voix claire à présent. Je te dois une fellation, j’y tiens.

— Peux pas, bébé.

Tes lèvres ne sont pas les bonnes.

— Mais, Jimmy, ton joujou n’a même pas remué pour moi, la nuit dernière.

Il se pencha en avant et tapota son épaule dénudée, puis se redressa tout doucement.

— J’ai bu du whisky hier, pas vrai ?

— Oui.

— Alcool et érection ne font pas bon ménage.

— Sans blague. Même pas un petit frémissement.

Vas-y, remets-en une couche.

— Ce n’est pas toi le souci, c’est moi.

C’était on ne peut plus vrai. L’alarme entamait déjà son deuxième round et il s’étira difficilement vers l’endroit où le satané réveil se dressait vaillamment. Il écrasa violemment le bouton de sa main.

— Allez, debout. Nous devons tous les deux aller travailler.

Elle roula vers lui.

— M’en fiche, je peux annuler mes rendez-vous. Ces bonnes femmes n’ont pas besoin d’une nouvelle coupe.

— D’accord, reste ici, mais moi, je dois filer.

— Qu’est-ce que tu faisais sur l’ordinateur ?

— Je vérifiais juste un truc pour le travail.

Il s’élança, le fessier à l’air, vers la salle de bain. Peggy finit par s’asseoir.

— D’habitude, tu ne te soucies pas autant du boulot.

— Oui, eh bien, Billy se marie demain. C’est son dernier jour comme conducteur de travaux. Après ça, la construction, ce ne sera plus que pour sa propre entreprise. Et je veux qu’il m’embauche pour des jobs.

— Tu sais bien qu’il t’embauchera à coup sûr.

Il entra dans la salle de bain et ferma la porte. Non, je n’en sais rien. Billy avait mentionné des travaux d’aménagement de locaux professionnels pour le compte de Ballew Construction, mais il ne l’avait pas encore engagé. Difficile de lui en vouloir. Son ami choisissait la crème de la crème pour ses chantiers, or Jim Carney avait beau s’y connaître en circuits électriques, on disait de lui qu’il ne valait rien dans le domaine de la fiabilité. D’habitude, il s’en fichait, mais Billy comptait pour lui.

Quinze minutes plus tard, il se tenait dans sa kitchenette, assez propre pour se salir à nouveau. Peggy sortit de la salle de bain l’air jolie – et avec une jolie gueule de bois. Il lui tendit une tasse de café tiède qui datait de la veille. Elle la prit et regarda à l’intérieur.

— Comment se fait-il qu’il y ait trois cercles dans cette tasse ?

— Trois jours, trois cercles.

Elle la lui rendit.

— Putain, Jimmy, je pourrais attraper Ébola dans ton appartement.

Il plaça la tasse dans l’évier et hâta Peggy vers la porte. Tout à coup, elle s’arrêta et le regarda droit dans les yeux.

— Qui est « Hiro » ?

— Quoi ?

Comment sait-elle ?!

— Quand je te suçais, hier soir, tu m’as appelée « Hiro ».

Il essaya d’effacer son froncement de sourcils.

— Aucune idée. J’ai dû te trouver héroïque. Comme une super héroïne des fellations, tu vois ?

— J’ai pensé que c’était une fille que tu voulais à ma place. Peut-être qu’elle aurait pu te faire jouir, elle, lâcha-t-elle en croisant les bras.

— Je n’en connais aucune portant ce nom-là.

— Vraiment ?

— Je t’assure.

Au moins, c’était la vérité.

— Tu dois faire attention à ce que tu dis, chéri.

— Oui.

— Tu pourrais me donner des complexes, dit-elle en l’embrassant sur la joue. Tu veux qu’on retente ce soir ?

— Non. J’ai des choses à faire en prévision du mariage, mais je viendrai te chercher demain à seize heures, d’accord ?

Elle effectua quelques pas de danse.

— Toi et moi flânant au mariage d’un pédé. Seigneur, voilà qui va nous changer !

Il se rembrunit.

— Ne dis pas ça. Billy est mon ami.

— Je n’ai jamais dit le contraire. Certains de mes amis en sont aussi, répliqua-t-elle avant de se pencher pour un bref bisou. À demain.

 

 

APRÈS HUIT heures passées à terminer leur projet, Jim s’installa au bar Bay avec son dernier salaire en poche, et observa Billy franchir la porte d’un pas vif et léger. Son dernier jour au service de quelqu’un. La veille de son mariage. Mon Dieu, qu’est-ce que ça doit être de voir une nouvelle vie se profiler devant soi ?

Il se retourna vers Charlie et Raoul. Charlie sirotait une bière.

— Alors, quand commençons-nous le projet d’aménagement pour Billy ?

— Lundi à la première heure, mon vieux, répondit Raoul en souriant. Ce sera génial de travailler directement pour lui. Plus de grand patron pour faire le « guet », plaisanta-t-il. Billy suffit largement. N’empêche, j’ai hâte de bosser pour lui. Tu t’occupes de l’électricité ou de la charpenterie ? demanda-t-il à Jim.

Seigneur, n’aie pas l’air triste

— Je ne travaillerai pas sur celui-là, j’imagine. Billy ne m’a rien dit.

Charlie posa une main sur son bras.

— Tu sais bien qu’il le fera. Il ne te laisserait jamais à l’écart.

Pourquoi disaient-ils tous cela ?

— J’en doute. Le chantier débute lundi.

— Ne t’inquiète pas, va, lança Charlie en levant son verre de bière en l’air. À Billy !

Jim leva son verre de whisky.

— À Billy. S’il peut être aussi heureux, nous avons peut-être nos chances, dit-il rieur.

Charlie le regarda du coin de l’œil.

— Tu n’es pas heureux, Jim ?

— Jim, le Tombeur de ces dames, souffla Raoul. Qu’est-ce qui pourrait bien te rendre malheureux ?

L’intéressé balaya son commentaire de la main.

— Non, vieux. Je vais bien. J’adore voir Billy aux anges, c’est tout.

Raoul prit une nouvelle gorgée de sa bière.

— Oui, parce qu’il va épouser un autre mec. J’adore Billy, même Shaz, mais, putain, ça me fait encore tout drôle. Le jour où il a annoncé à toute l’équipe qu’il était gay, j’ai failli tomber de ma putain d’échelle.

— C’est étrange de se dire que nous n’avons jamais vraiment connu notre ami en trois ans, ajouta Charlie en décollant l’étiquette de sa bouteille. Ça ne te fait pas bizarre, à toi ?

— Si, un peu, acquiesça Jim.

— À moi aussi. Bon sang, c’est genre un truc fondamental, tu vois ? Je veux dire, Billy, c’est un gars, un vrai. Vous savez, un mec, quoi.

— Plus mec que mec, renchérit Jim en essayant de sourire. Il a avoué qu’il ne se savait pas homosexuel avant de rencontrer Shaz.

— En voilà, un exemple, annonça Charlie.

— De quoi ?

— Les homos ne doivent pas tous être efféminés. Je veux dire, n’importe qui pourrait en être.

— Impossible, le contredit Raoul.

— Avoue, Billy t’a bien eu. Tu n’y as vu que du feu.

— Oui, mais d’habitude, je sais. D’habitude.

Respire. Jim avala le reste de son Jack Daniel’s.

— Jim.

Charlie le regardait du coin de l’œil.

— Oui ?

— Tu ne t’es déjà demandé ce que nous ne savions pas les uns des autres ?

Jim leva un doigt pour appeler le serveur. Encore un.

Deux heures de beuverie plus tard, Jim circulait lentement sur la route. Oui, il savait qu’il n’aurait pas dû prendre le volant, mais s’il pouvait encore parcourir un pâté de maisons, il serait tiré d’affaire. Son téléphone sonna et il tâta le siège passager pour décrocher.

— J’écoute.

— Salut, Jim, c’est Billy. Désolé de te déranger.

— T’inquiète, bredouilla Jim, tout sourire. On parlait zustement d’toi.

— Est-ce que ça va ?

Il secoua la tête. Concentre-toi, nom de Dieu.

— Oui. Aucun souci. Je rentrais à la maison.

— Il s’est passé un truc génial !

— En dehors de ton mariage, tu veux dire ?

Billy éclata de rire.

— Oui, enfin, nous n’y sommes pas encore. D’ailleurs, je t’appelais à ce sujet. Shaz vient de m’offrir deux billets à destination de Tahiti, pour notre lune de miel !

Jim secoua encore la tête.

— Billy, mon vieux, zé… euh, c’est super ! Billy Balley dans le Pacifique Sud.

— Oui. C’est difficile à croire. Eh bien justement. Tu sais, ce contrat que j’ai décroché, pour l’aménagement d’un immeuble à Irvine ?

Jim acquiesça et se rendit compte que Billy ne le voyait pas.

— Oui, vous commencez la semaine prochaine, non ?

Et tu ne m’as pas engagé ! voulut-il crier.

— Oui, deux jours après le mariage, mais…

Son cerveau embué fit enfin le rapprochement.

— Mais zé à ce moment-là que tu vas nazer avec les poissons du Pazifique…

— Oui, j’aimerais bien, mais seulement si tu acceptes d’être mon chef de chantier et de prendre la relève pendant mon absence.

Quoi ?!

— Moi ?!

Son cœur bondit dans sa poitrine, et la voiture zigzagua. On se ressaisit.

— Oui, tu es le seul à t’y connaître dans tous les domaines et l’équipe t’est déjà familière. Je ne confierais cette tâche à personne d’autre.

— Tu me fais confiance ?

— Oui. Entièrement. C’est le premier chantier de l’entreprise et il me faut quelqu’un de compétent, dit-il avec fermeté, certainement pour tenter de se convaincre lui-même. Si tu refuses, je devrai dire à Shaz qu’il faut reporter notre voyage à la fin du chantier.

— Tu ne peux pas lui faire za, vieux.

— Alors, promets-moi que tu le feras.

À chaque battement de cœur, des points rouges dansaient devant ses yeux. Billy me fait confiance.

— Je dois t’inscrire sur l’assurance de l’entreprise, il te faudra donc un examen médical.

Assurance ? Médecins ?

— Je ne sais pas trop, Billy…

— Allez, Jim. Tu as une santé de cheval.

— J’ai horreur des médecins.

— D’accord, aucun souci. On se voit au mariage.

— Attends, qu’est-ce que tu comptes faire, du coup ?

— On peut facilement reporter le voyage. C’est mieux, de toute façon. La propriétaire est un peu instable. Elle pourrait paniquer à l’annonce de mon départ.

Non, non. Attends. Billy venait de lui offrir sa chance. Une chance de quoi ? De réussir.

— Je peux le faire. Je veux dire, je pense pouvoir.

— Je ne veux pas t’obliger à aller contre ta volonté, Jim.

— Non. Je peux le faire, insista-t-il en inspirant.

— Je sais que tu en es capable.

— Bon zang, Billy, c’est ton entreprise. Ton bébé. Tu m’en crois vraiment capable ?

— Oui, Jim.

Mais Jim se faisait-il assez confiance ? Telle était la question.

Quinze minutes plus tard, Jim débarqua chez lui abasourdi, poussant ses magazines auto de son canapé vert miteux pour s’effondrer dessus. Billy croyait en lui. Il lui avait offert un travail. Et pas n’importe lequel. Celui qu’il désirait depuis des années. Mon Dieu. Il n’avait pas droit à l’erreur.

Billy avait toujours été un ami. Trois mois plus tôt, il était également devenu son idole. Il devait les avoir bien accrochées, pour oser avouer son homosexualité à une équipe de construction. Plus que celles de Jim, pour sûr.

Il roula sur le côté et remonta les genoux afin d’essayer de chasser l’aigre gargouillis dans son ventre. Billy. Grand, beau, négligé. Pour l’homosexualité, on aurait songé à Jim avant lui. Et pourtant, Billy suçait. Difficile à croire. Est-ce qu’il aimait les jeux de fesses ?

Mon Dieu, non, n’y pense même pas. Il appuya sur ses tempes. Billy devait cacher un gourdin, vu sa taille. Comment un mec pouvait-il recevoir ça en lui ? Je parie que plein de gars adorent l’extra large. Leur cul doit s’étirer pour les prendre.

Arrête, bon sang !

Il s’assit trop vite, manquant de vomir. Pense à autre chose. Il attrapa la télécommande, alluma le téléviseur et fixa l’écran qui diffusait un match de football. Combien d’entre eux sont gays ?

Il poignarda la télécommande de ses doigts. Trouve autre chose.

Comme dans une série d’horreur cosmique, l’image passa à un programme qu’il avait dû enregistrer un jour, montrant une star de la pop japonaise qui chantait pour un attroupement de préados hystériques. Matez-moi ce visage. Longs cheveux noirs, yeux de biche, lèvres pulpeuses. Voilà qui serait mon type, si j’étais gay.

Il baissa la main et réajusta son membre à demi dressé. Peggy avait avalé son sexe jusqu’au Japon, la nuit dernière, mais il n’avait pas éjaculé. Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez moi ? Les yeux rivés sur l’homme magnifique qui chantait à l’écran, son cœur battait dans ses oreilles. Veux pas Peggy. Son poing se forma de lui-même.

D’un même mouvement, Jim posa ses pieds au sol et s’élança vers sa chambre à coucher. Toujours plié en deux lorsqu’il atteignit le lit, il s’agenouilla sur l’affreux tapis, passa sa main sous le meuble et en sortit une boîte de rangement en métal qui datait de son emménagement. Il entra la combinaison du cadenas, se trompa par deux fois, puis finit par l’ouvrir. Il attrapa le premier magazine et chercha une page précise, soigneusement marquée. En se redressant, il baissa son jean et son slip, et commença à se masturber avant même de poser son regard sur les illustrations. C’était inutile. Après tout, il en connaissait chaque carré et chaque bulle par cœur. Ce grand blond qui suçait un superbe Asiatique, avec ses cheveux de jais ébouriffés, ses grands yeux en amande et ses splendides lèvres boudeuses. L’expression de son visage criait l’extase.

La musique de la télévision pulsait dans le salon pendant que Jim feuilletait et regardait cet homme parfait prendre un gros membre en lui. C’était mieux que n’importe quel site de yaoi en ligne. Mieux que du porno. Il se masturba vivement.

Ces dessins lui avaient tout appris. Tous ses désirs. Combien de fois s’était-il déversé dans une gorge chaude en y songeant ? Son sperme se réveillait dans ses testicules lorsqu’il admirait cet endroit où l’érection du grand homme disparaissait dans l’orifice parfait.

Encore deux va-et-vient. Son cœur était douloureux, à force de battre la chamade. Le blanc jaillit de son sexe et des larmes coulèrent de ses yeux.

Il s’écroula par terre et contempla les moutons de poussière. Lentement, sa respiration et les battements de son cœur s’apaisèrent. Je dois arrêter. Il devrait descendre avec cette boîte et la jeter dans la benne. Seulement, il n’avait rien trouvé pour la remplacer. Ou personne. Lorsqu’il rencontrerait la bonne fille, il la jetterait pour de bon. C’était promis. Il était Jim Carney, le tombeur, et les femmes ne lui faisaient ni chaud ni froid.

Il s’assit doucement.

Étonnamment, Peggy n’avait pas envisagé que Hiro pouvait être un nom de garçon.

 

 

— EST-CE QUE ça va, Jim ?

L’intéressé arracha son regard de la piste de danse et observa Peggy.

— Oui, bien sûr. Désolé.

— Tu devrais boire un peu de whisky. Ça te détendra.

Il secoua la tête. Elle se pencha sur son verre et renifla.

— Ne me dis pas que tu bois du soda au gingembre.

— Ça me calme l’estomac.

Elle éclata de rire.

— D’accord, chéri. Peu importe.

— J’ai bazardé toutes mes bouteilles d’alcool.

— Tu devais être ivre, dit-elle en croisant les bras.

— Il y avait un peu de ça, répondit-il avec un sourire.

— Tu veux danser ?

Elle lui sourit et tournoya rapidement en trémoussant son postérieur bien rebondi. Jim jeta à nouveau un coup d’œil vers les danseurs et déglutit.

— Euh, plus tard, d’accord ? Je ne suis pas doué sur la piste.

Elle recroisa les bras, gonflant sa poitrine.

— Tu m’as dit que ta mère t’avait inscrit à des cours de danse.

— Effectivement, et je les séchais pour aller bosser sur des bagnoles dans le garage d’un pote. Je n’ai jamais appris, dit-il en haussant les épaules. Désolé.

Elle se mordilla la lèvre.

— Tu n’es vraiment pas drôle, ce soir.

— Plus tard, d’accord ?

Lorsque les musiciens arrêteraient de jouer des mélodies mielleuses et que la plupart des couples sur la piste de danse ne seraient plus composés de deux hommes. Jim retourna donc à sa boisson.

— D’accord, soupira-t-elle. Je vais aux toilettes.

Il hocha la tête. Elle s’éloigna, sa silhouette tout en courbes tendue par la contrariété. Il reporta son regard sur la piste de danse. Deux hommes, à la barbe fournie et au cou tatoué juste au-dessus de leur nœud papillon noir, se collaient, comme enchaînés. Jim voyait clairement les érections frotter l’une contre l’autre entre leurs smokings. Il déglutit difficilement.

Mais qu’est-ce que tu pensais trouver à la réception d’un mariage gay, ducon ? Tu croyais qu’ils allaient s’envoyer des bières et parler base-ball ? Putain. Il posa son verre sur la table plus fermement que prévu.

Bien sûr, Billy et lui avaient partagé bon nombre de bières et parlé base-ball un nombre incalculable de fois, mais à présent, son ami semblait parmi les siens au milieu de cette masse de danseurs. Il irradiait de joie de tout son mètre quatre-vingt-dix, tandis qu’il tenait le corps mince de son nouveau mari contre sa poitrine et dansait si bien qu’Arthur Murray, l’éminent professeur de danse américain, aurait pu en prendre de la graine.

Qu’est-ce que ça fait de danser avec un homme ? Un frisson lui parcourut l’échine et il but une dernière gorgée de sa boisson pas-si-délicieuse au goût de gingembre.

— Hé, mon pote, est-ce que ça va ? lui lança Raoul, son corps compact posé sur la chaise voisine.

— Oui. Pourquoi tout le monde me demande ça ?

— Je n’en sais rien, vieux. Tu as l’air un peu bizarre, dit-il en souriant. Sans tenir compte de ton costume de pingouin, bien sûr.

— Je vais bien, répondit Jim en fixant ses mains.

— Ça te dérange ? Tu sais, ces mecs qui dansent et plus si affinités ?

— Non, du tout. Je suis ravi pour Billy et Shaz.

— Oui, reprit Raoul en baissant d’un ton. Mais c’est différent pour leurs amis. Il y en a du gay, dans la salle.

Jim embrassa le spectacle du regard. Un groupe incroyable – logique, puisque Shaz était ce styliste qu’on s’arrachait – et une pièce remplie de vedettes de cinéma et de gens aisés.

— Moi, ça ne me dérange pas, répondit Jim en lançant un coup d’œil à Raoul. Ce n’est que pour une soirée.

Les musiciens passèrent à un morceau au tempo rapide. Quelques invités crièrent, d’autres se mirent à applaudir. Un cercle se forma sur la piste de danse. Jim sourit. Billy et Shaz devaient s’y trouver. Il avait entendu dire qu’ils pouvaient enflammer une piste à eux seuls, ou intégrer Danse avec les stars, tant ils étaient doués. Il fit un signe de la tête à Raoul.

— Allons regarder.

Il se leva de table et s’approcha du cercle formé par des spectateurs qui sifflaient et applaudissaient. En slalomant entre les gens, il se fraya un chemin vers les premiers rangs, puis se tourna vers la piste de danse. Dieu tout puissant.